La revue électronique de l'Institut et Musée Voltaire
ISSN 1660-7643
       
         
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Par Caroline GUIGNARD
et François JACOB

L’année 1957, nous dit un rapport administratif, a été pour l’Institut et Musée Voltaire une « véritable annus mirabilis ». C’est à cette date, en effet, qu’est acquis le célèbre Voltaire assis de Houdon.

Rien, à l’époque, n’a été laissé au hasard pour célébrer l’entrée du Voltaire assis dans l’ancienne demeure du philosophe. Un « concert de musique du 18e siècle » est organisé par le Cercle International des Amis de la Musique le mardi 19 février, avec au programme des airs de Jean-Marie Leclair et Rameau ; un article de Jean-Daniel Candaux, publié le samedi 16 février dans le Journal de Genève, se propose, « sans plus tarder », de « présenter brièvement » le chef-d’œuvre aux lecteurs du quotidien ; enfin, Theodore Besterman projette de rédiger lui-même un article plus détaillé dans Genava.

Jean-Daniel Candaux met en avant la particularité de ce Voltaire assis : il est en terre cuite, « fait rarissime pour une pièce de cette dimension », mais fait d’autant plus compréhensible que « Houdon avait une préférence marquée pour cette matière plus malléable, plus docile, plus vivante que la pierre de Carrare. » Plutôt que d’une « réplique » du marbre qui se trouve à la Comédie-Française, la statue des Délices est une épreuve, « les statuaires d’autrefois faisant d’ordinaire, tels des graveurs d’estampes, plusieurs épreuves ou même plusieurs tirages (avec variantes) de leurs œuvres les plus réussies. » Sont enfin mentionnés, en guise de conclusion, les deux points forts de la statue : elle « échut » à Beaumarchais « au sortir même de l’atelier de Houdon », et est restée depuis lors « ignorée de tous », même de Giacometti, pourtant « très consciencieux biographe » du sculpteur.

Theodore Besterman, dans Genava, insiste sur la particularité de fabrication de la statue : notre Voltaire assis est en effet composé « d’un seul bloc, et non de fragments rassemblés », ce qui est « un phénomène très rare pour une terre cuite de ces dimensions » et explique que le vide du fauteuil ait été « comblé » par une pile de livres. Il détaille en outre l’information déjà distillée par Jean-Daniel Candaux quant à la provenance de la statue, et à son installation boulevard Saint-Antoine, chez Beaumarchais, dans le pavillon dédié à la gloire de Voltaire. Besterman retrace ensuite le parcours de la statue, après la mort de l’auteur du Mariage de Figaro : abritée d’abord chez un certain Fossard, démolisseur, elle passe chez « Corroy, antiquaire à Asnières, qui la vendit au docteur Ledoux-Lombard. » Voltaire passe ensuite chez le garde-meuble Bedel, « en nantissement d’une somme empruntée », puis est mis en vente une première fois, en 1953. Le périple s’achève aux Délices, « pour toujours, espérons-le. »

Guilhem Scherf, conservateur et responsable du département des sculptures au musée du Louvre, a récemment émis un doute sur la provenance de notre statue : « Il est douteux que l’œuvre provienne de l’hôtel de Beaumarchais, comme l’affirme Besterman, selon des informations données par Paul Gouvert : la statue de Voltaire « assis dans son fauteuil » y est en effet décrite en « plâtre bronzé » dans l’inventaire après décès de Beaumarchais de 1799. »

Mais si le doute est permis, il peut également profiter à notre Voltaire. En effet, l’exemplaire des Délices, aujourd’hui recouvert d’une patine ocre rappelant la nuance de la terre cuite, garde des traces de patine couleur bronze dans sa partie antérieure. De plus, lors de sa mise en vente le 3 juin 1953, l’œuvre est décrite dans La Gazette de l’Hôtel Drouot comme une « grande sculpture en plâtre de l’atelier de Houdon, étude pour le Voltaire assis de la Comédie-Française ». Si le regard expert des commissaires de l’Hôtel Drouot n’a pas su reconnaître la terre cuite en 1953, il est légitime de penser que les officiers chargés de dresser l’inventaire des biens de Beaumarchais ont commis la même erreur en 1799. Ce qui n’aurait rien d’étonnant, car il faut admettre qu’aux yeux des profanes, le plâtre et la terre cuite peuvent aisément être confondus, a fortiori si le matériau original est masqué par une patine. Il aura donc fallu attendre le milieu du XXe siècle pour discerner la véritable nature de notre sculpture, et Besterman rappelle d’ailleurs que c’est à l’issue de cette découverte, en 1953, « qu’après avoir passé encore par deux intermédiaires elle a été enfin achetée par la Ville de Genève pour l’Institut et Musée Voltaire. »

L’œuvre de Houdon a récemment été déplacée au premier étage du bâtiment principal, suite aux divers travaux de rénovation. C’est là que les visiteurs du musée peuvent l’admirer avant, sous l’œil amusé du philosophe, de gagner l’espace dévolu aux expositions temporaires.

Notice technique de l’œuvre :

Jean-Antoine Houdon (1741-1828)
Portrait de Voltaire assis, 1781
Terre cuite d’un seul tenant, patinée ocre
Signé en creux sur le socle, à gauche « HOUDON. FECIT, 1781. »
125.5 x 75.5 x 99.5 cm
Institut et Musée Voltaire, inv. IC 41

Eléments de bibliographie :

Gazette de l’Hôtel Drouot, Paris, 12 juin 1953, p. 2.

Theodore BESTERMAN, « La terre cuite du Voltaire assis exécutée par Houdon pour Beaumarchais », dans Genava nouvelle série, Genève, 1957, pp. 149-159.

Jean-Daniel CANDAUX, « Un chef-d’œuvre de Houdon au musée Voltaire », Journal de Genève, samedi 16 et dimanche 17 février 1957.

Guilhem SCHERF, « Voltaire assis », dans Houdon sculpteur des Lumières, catalogue de l’exposition du musée national du château de Versailles, 1er mars – 31 mai 2004, pp. 167-172.


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© IMV Genève | 01.07.2004