La revue électronique de l'Institut et Musée Voltaire
ISSN 1660-7643
       
         
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Signalons pour commencer le livre de Janine Garrison, L’Affaire Calas, miroir des passions françaises (Fayard, 2004) qui vient s’ajouter, mais de manière fort utile, à l’abondante bibliographie déjà établie sur ce thème éminemment voltairien.
L’utilité du livre de Janine Garrison vient du fait qu’elle ne s’est pas contentée de rediscuter les éléments connus de l’affaire : Marc-Antoine s’est-il suicidé ou a-t-il été assassiné ? Et, dans ce cas, peut-il l’avoir été par son propre père ? Peut-il l’avoir été sans que toute la famille fût complice ? Pourquoi, dès lors, condamner le seul Jean Calas à la roue ? En fait, en orientant sa recherche non sur l’événement lui-même, mais sur la manière dont Voltaire, en intervenant, a su cristalliser une certaine forme de conscience nationale, l’auteur ouvre un champ d’exploration bien plus intéressant, qui est celui de l’héritage de toute cette affaire, et des enseignements qui ont pu, à diverses époques, en être tirés. Elle arrive, chemin faisant, à une interrogation qui touche de plein fouet notre modernité – et notre bonne conscience.
Le seul reproche sérieux à faire concerne la bibliographie, sorte de fourre-tout dans lequel le lecteur se retrouve avec peine. Mais il est vrai que le sujet, très dense, et la taille du volume, très court, ne permettaient qu’une présentation lacunaire des ouvrages disponibles.

Restons dans le domaine religieux avec l’ouvrage de Philippe Goujard, L’Europe catholique au XVIIIe siècle : entre intégrisme et laïcisation, paru dans la collection « Histoire », aux Presses Universitaires de Rennes, en octobre dernier. L’auteur se propose de montrer que la croyance religieuse, refoulée dans « la sphère du privé », « fixa de moins en moins les normes des comportements publics et céda la place à une morale cherchant dans le droit naturel et la raison humaine de nouvelles règles des conduites publiques. » Il peut y avoir du coup « laïcisation sans déchristianisation », ce qui constitue peut-être l’originalité du système français.
Les chapitres III et VI sont particulièrement intéressants. Le premier se penche sur le triomphe de l’opinion publique en France et accorde une large place à l’étude de la propagande janséniste, qu’on oublie parfois dans l’aveuglement des Lumières. Le second s’intitule « Le front du refus » et met en évidence les réseaux qui expliquent, entre autres phénomènes, l’hostilité croissante à l’Etat et la persistance d’un sentiment religieux dont on aurait tort de croire que le dix-huitième siècle l’a définitivement affaibli.
La bibliographie est bien sommaire (encore une fois) mais le lecteur trouvera en fin de volume deux index fort utiles.

Achevons ce voyage par un livre tout à fait exceptionnel et qui parle, précisément, de voyages, puisqu’il s’agit de Naufrage et tribulations d’un Japonais dans la Russie de Catherine II (1782-1792), avec une introduction, une traduction et des notes de Gérard Siary, et une postface de Jacques Proust. Le tout est paru aux éditions Chandeigne, en octobre 2004.
L’histoire est apparemment très simple : un bateau japonais chargé de riz est pris dans une tempête et s’abat sur les côtes russes : s’ensuit un voyage de dix années qui mènera les imprudents marchands japonais jusqu’au palais de Catherine II, à Saint-Pétersbourg. Retournés chez eux et interrogés par le shogun sur leur périple, ils rédigent ce même récit de voyage qui nous est donné à lire aujourd’hui.
Quelques lignes sur le jeu d’échecs permettront au lecteur de mieux apprécier tout l’intérêt de ce texte : « Il y a un jeu comme nos échecs. Dit dames à la capitale, pions en Sibérie. Sa planche, d’environ 1 shaku 2-3 sun carrés, est souvent en marbre. Elle est quadrillée de huit rangées en long et en large, deux couleurs alternent d’un carré à l’autre… Les pièces sont en ivoire, en corne ou en bois dur. De part et d’autre il y a : un roi, tel notre ancien ; une reine, tel notre dragon ; deux éléphants, tels nos kakkô ; deux chevaux du genre de nos keima, mais qui peuvent circuler librement à gauche, à droite, en avant et en arrière ; deux barques, comme nos hisha ; huit pions, qui sont nos fantassins. Mais qui mangent en biais. »
L’édition est très richement illustrée et les notes, claires et concises, n’alourdissent jamais la lecture. La bibliographie est riche, clairement organisée, et l’index, qui n’est pas un simple index nominum, permet d’intéressantes lectures transversales. A parcourir ou à lire absolument.





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© IMV Genève | 12.01.2005