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  • Site internet du Muséum d'histoire naturelle
    Site internet du Musée d'histoire des sciences

Visite de l'exposition "François Ruegg - Statuts | statues"

Musée Ariana
10 décembre 2017
11h
CHF 5.-/CHF 3.-

Dans le travail de François Ruegg, il est difficile de ne pas déceler un regard critique sur une société de plus en plus narcissique fondée sur l'apparence jusqu'à en perdre son âme. Une exposition à découvrir !

Le céramiste et plasticien suisse François Ruegg (1954) interroge le rapport complexe du socle à l’œuvre d’art. À travers l’histoire, le « statut » élitaire de la figure représentée est fonction de la hauteur et de la typologie du socle sur laquelle elle est juchée. L’artiste propose, dans une série de sculptures monumentales en porcelaine, réalisées à Jingdezhen (Chine), de revisiter le binôme socle-statue. Bustes, mais également objets de séduction ou même de rebut sont dotés d’un piédestal approprié. De plus, afin de créer une distance – ou de conserver une part de mystère – il dissimule sous un voile les hommes et les choses.
François Ruegg est assurément un artiste du monde : sa curiosité insatiable pour l’homme et pour la création humaine dans toute sa diversité constitue son moteur et colore sa vie. De Genève à Sun Valley, de Bogota à Bali et plus récemment d’Yverdon à Jingdezhen, toutes ces trajectoires sont ponctuées de rencontres et d’échanges et laissent derrière elles des souvenirs tangibles de porcelaine. C’est ainsi qu’au fil des ans ses « propositions » (dans son souci constant de maintenir le libre arbitre, il déteste imposer !) innovantes ont constitué une œuvre personnelle, originale et remarquée.
Le goût du contact et de l’échange a amené François Ruegg à différents challenges : l’enseignement (notamment au CFPAA de Genève), une activité de galeriste (« Déjà-vu » à Yverdon) et la confrontation avec l’industrie (dans le cadre de la fresque céramique de Hans Erni réalisée sous sa férule dans une fabrique italienne). Ces diverses collaborations ne l’ont pas dispersé ou éloigné de lui-même, elles ont au contraire nourri son regard et son travail, à l’instar des visites régulières d’expositions d’art contemporain et des liens noués avec de nombreux artistes.
François Ruegg n’a pas souhaité inscrire l’exposition du Musée Ariana dans une vision rétrospective mais l’a au contraire conçue comme un tremplin pour ouvrir une porte nouvelle : Jingdezhen. Se confronter au berceau de la porcelaine en Chine semblait une évidence pour cet amoureux du matériau le plus exigeant – mais aussi le plus noble – de la palette céramique. Encore fallait-il débarquer dans l’Empire du Milieu avec un projet concret.
Le statut du socle dans l’œuvre d’art en général et dans la sculpture figurative en particulier méritait d’être replacé dans un contexte contemporain. Le socle élève physiquement et spirituellement l’individu et le sacralise dans une position de respectabilité et d’autorité sur une masse indistincte. Cette supériorité hiérarchique d’une soi-disant élite intellectuelle, politique ou sociale va-t-elle au-delà d’une simple apparence normative ? Quelles sont les qualités requises pour devenir quelqu’un ? L’argent, l’intelligence, la couleur de peau, le genre, les préférences sexuelles, le mérite, le pouvoir ou le hasard ? L’artiste se garde de trancher ou de se poser en moralisateur, laissant au spectateur la liberté de prendre ou non position dans ce contexte. Néanmoins, il est difficile de ne pas voir dans sa démarche un regard critique sur une société fondée sur l’apparence au point d’en perdre son âme. La revendication à la libre pensée, au droit d’exister en tant qu’individu différencié, l'exaspération que suscitent les mouvements  actuels visant au repli sur soi, à la peur de l’autre sont toujours sous-jacents.
Cette recherche autour du socle a nécessité de longues déambulations préparatoires (notamment dans les réserves du Musée Ariana) afin de cerner les conventions liées au piédestal dans l’histoire : rapport de dimensions, typologies formelles (alternance de carré et de cercle, cintrage et moulurage de la paroi, positionnement de la sculpture et du buste, etc.). Fort de ce bagage, le céramiste s’est attaché à concevoir les sculptures appelées à être juchées sur le socle. Pour ce faire, François Ruegg a mené plus avant son travail précédent consistant à dissimuler sous un voile les hommes et les choses. Loin de se contenter de poser des bustes ou des figures sur ses socles, il y place également des accessoires de séduction, des légumes ou des ustensiles, des objets de rebut, bref tout ce qui entre en interaction avec le cycle vital quotidien de l’homme : être, paraître, désirer, manger, jeter …
C’est ainsi que se côtoient dans l’univers de Ruegg un set de vaisselle en plastique figé sous la cellophane, des légumes aux formes avantageuses, un escarpin acéré et un slip d’homme rebondi, un insignifiant sac poubelle… et même un buste d’homme peut-être célèbre. Tous sont voilés, certains drapés dans une virginité de porcelaine, d’autres nappés d’émaux voluptueux et aguicheurs, rouges, noirs ou lustrés. Le socle les accompagne dans un duo indissociable et complémentaire, dans un dialogue non dénué d’humour ni de dérision ; bien plus qu’un simple faire-valoir, il fait partie intégrante de la sculpture.
En Chine, François Ruegg a exploité les possibilités technologiques et les infrastructures liées à l’industrie de la porcelaine, recourant au scan 3D pour réaliser ses moules, les transposant à une échelle monumentale jouissive et jubilatoire. Bien sûr, la barrière de la langue, les tracasseries administratives et logistiques, les confrontations culturelles sont bien réelles, mais l’artiste sait les transcender afin d'incarner au mieux son propos, s’exprimant avec une liberté esthétique ancrée dans la rigueur formelle qui le caractérise.
Ce n’est pas seulement par les mots ou le concept qu’il convient d’appréhender les « Statuts l Statues » de François Ruegg mais surtout par ce qu’il fait résonner en nous. Il faut aller au-delà du design pop séduisant du tube de rouge à lèvres qui supporte la chaussure à talon, au-delà du rire de l’artiste qui camoufle quelques blessures soigneusement enfouies. Traverser les apparences, aller même jusqu’à se mettre soi-même en scène sur un socle de porcelaine : François Ruegg ne joue pas seul dans son coin, il nous convie avec générosité et engagement à l'accompagner dans ses pérégrinations nomades.

 
François Ruegg - Statuts l statues