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« VIVANT OU MORT IL LES INQUIÉTERA TOUJOURS. » Amis et ennemis de Rousseau (XVIIIe-XXIe siècles)

Trois siècles d'amour et de haine, une exposition, trois musées

Exposition du 21 avril 2012 au 15 septembre 2012

L’exposition est répartie sur les trois sites de la Bibliothèque de Genève, de la Fondation Martin Bodmer et de l’Institut et Musée Voltaire, sous l’autorité de Gauthier Ambrus ainsi que du professeur honoraire de l’Université de Genève, Alain Grosrichard, tous deux éditeurs scientifiques du livre de l’exposition, à paraître chez Infolio.

Première Partie (Bibliothèque de Genève)

« Au siècle des Lumières »


Jusqu’alors inconnu du public, Rousseau devient soudain célèbre, en 1751, avec la parution de son Discours sur les sciences et les arts, qui suscite aussitôt la polémique en paraissant condamner les acquis de civilisation.

Dès lors, il fait figure d’« homme à paradoxes ». Un qualificatif que le citoyen de Genève revendiquera fièrement jusqu’à la fin de sa vie, face à ceux qui - dévôts ou « philosophes », en France ou dans sa propre patrie - le condamneront pour avoir osé dire ce qu’il pensait être la vérité, sur la religion, la politique, l’éducation. Et même pour avoir osé la dire dire toute, cette fois sur lui-même, en entreprenant d’écrire ses Confessions.

 Mais la vérité qu’il révèle à ses contemporains, c’est aussi celle qui vient du cœur et parle au coeur. Elle bouleversera les lecteurs de La Nouvelle Héloïse, et fera de Jean-Jacques le « maître des âmes sensibles », sur le tombeau duquel viendront pleurer d’inconsolables pélerins.

L’itinéraire proposé au visiteur lui permettra de découvrir nombre de manuscrits exceptionnels ou d’éditions originales, non seulement de Rousseau, mais aussi de Voltaire, de Diderot, ou de tel ou tel de ceux qui ont pris parti pour lui ou contre lui, dans les grands débats qui marquèrent le siècle des Lumières.

Deuxième Partie (Fondation Martin Bodmer)

« Les Révolutions »


Dans les dix ans qui suivent sa mort, l’auteur d’Emile et de la Nouvelle Héloïse devient l’objet d’un véritable culte (que partageront des philosophes et des poètes ailleurs en Europe, en Allemagne notamment, tels Kant ou Hölderlin).

A partir de 1789, en revanche, c’est de l’auteur du Contrat social que vont se réclamer les hommes de la Révolution. Robespierre notamment. Ce qui servira de prétexte aux réactionnaires et conservateurs de tous bords – et ce jusqu’à la fin du XIXème siècle - pour désigner Rousseau comme le responsable de la Terreur. S’il trouve des défenseurs au moment de la révolution de 1848, avec Michelet ou Louis Blanc, l’Eglise le condamne, il inquiète les libéraux, et les fondateurs de la IIIème République ne s’en inspireront qu’avec prudence, craignant que la souveraineté du peuple, telle qu’il l’avait conçue, ne dégénère en despotisme de la volonté générale.

En 1878,  année du centenaire de sa mort et de celle de Voltaire, c’est à ce dernier que Victor Hugo rend hommage, n’accordant à Rousseau qu’un éloge réservé.

Le Rousseau qui hante le siècle ne se réduit cependant pas au philosophe politique. Comme le visiteur pourra s’en rendre compte en parcourant cette deuxième partie de l’exposition, l’ensemble de son oeuvre aura profondément marqué les principaux écrivains du siècle, à commencer par ceux de la génération romantique, même si certains, comme Chateaubriand ou Lamartine, en viendront à renier celui qu’ils avaient autrefois adoré.

Troisième partie (Institut et Musée Voltaire)

« Les Temps modernes »


Nietzsche avait eu beau le traiter d’ « avorton idéaliste et canaille », les premières années du XXè siècle semblaient annoncer un rapport apaisé à Rousseau. Ses écrits font désormais l’objet d’études critiques d’ensemble, visant à dégager leur unité et se voulant non partisanes. Fondée à Genève en 1904, la Société Jean-Jacques Rousseau (à laquelle le vieux Tolstoï adhère l’année suivante) se donne pour mission d’en préparer une édition complète, offrant toutes les garanties de sérieux scientifique. Bref, « l’ homme à paradoxes » paraît en passe de devenir un grand classique inoffensif.

Les divers documents présentés dans cette troisième partie montrent qu’il n’en est rien. Ainsi, à l’occasion du bicentenaire de 1912, la droite nationaliste - Barrès et surtout Maurras-  va se déchaîner contre ce « métèque », responsable de la décadence morale et politique de la France. En face, la gauche se mobilise pour défendre le fondateur de la démocratie moderne. Avec la montée des « totalitarismes » le débat s’étendra à l’échelle européenne, et se poursuivra pendant et après la seconde guerre mondiale, opposant des lectures toujours très orientées idéologiquement de ses écrits politiques. Mais depuis une cinquantaine d’années, d’autres lectures ont vu le jour. Prenant en compte l’œuvre de l’écrivain, inséparable de celle du philosophe, les interprétations nouvelles se sont multipliées. Preuve que cette œuvre – aujourd’hui partout traduite dans le monde  -n’en finit pas de faire question. S’il n’inquiète plus vraiment, Rousseau nous regarde encore.