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Historique

Guide de visite

DE L'ARGILE AU NUAGE
Une archéologie des catalogues (2e millénaire av. J-C - 21e siècle)

Une exposition co-organisée avec la Bibliothèque Mazarine de Paris

 


Dès 1572, un premier catalogue de la Bibliothèque de Genève est dressé, suivi de très nombreux autres, manuscrits et imprimés. Le dernier de la série, le Catalogue de la Bibliothèque de Genève date de 1875. Il sera pourvu de deux suppléments. En 1900, la décision est prise de publier un troisième supplément en fascicules avec une nouveauté importante : on supprime le classement méthodique et l’on adopte un classement alphabétique par auteurs et par titres. C’est en 1903 que le directeur Hippolyte Aubert crée un catalogue général sur fiches de format international. Ce catalogue va croître et se diversifier jusqu’en 1984. Suite à la décision d’informatiser le catalogue, il devient nécessaire, dans un souci d’excellence, de traiter manuellement le catalogage rétrospectif des 1 085 616 fiches. Cette oeuvre titanesque est en cours d’achèvement et l’année2016 marquera la fin du travail des bibliothécaires sur ce fichier. C’est pour rendre hommage à celui-ci que nous organisons avec la Bibliothèque Mazarine cette exposition prospective sur l’histoire des catalogues.

 

Alexandre Vanautgaerden
Directeur


Cette exposition aborde les questions de la collecte, de l'organisation et de la pérennisation des données. Elle interroge les raisons d'être et les contraintes des supports, depuis les tablettes d'argile de l'époque mésopotamienne jusqu'aux tablettes tactiles contemporaines, en passant par le rouleau,le codex et la fiche." De l'argile au nuage " questionne l'évolution du catalogue,de sa mise en forme, de ses fonctions, de ses usages et ouvre le débat des enjeux du tout-numérique. Alors que son contenu est versé dans un ensemble plus large de données, le catalogue devient une ressource inestimable et profile les bibliothèques comme des acteurs de premier plan des big data. Depuis son apparition au IIe millénaire avant J.-C., le catalogue collecte, nomme, décrit et classe des entités aussi différentes que des étoiles ou des plantes, des biens ou des mots. Il ordonne le chaos du réel dans l'ordre immuable de l'alphabet ou selon des découpages thématiques. Il fait circuler les textes et favorise les échanges savants, exprimant à la fois une volonté de classement matériel et de classification intellectuelle.Aujourd'hui les données catalographiques se dématérialisent : disséminées sur des serveurs distants, elles descendent de leur nuage et se déroulent sur nos écrans. Elles défilent sur une échelle de Jacob virtuelle. Connectées, elles acquièrent un sens nouveau dans l'ordre des savoirs.


Le cloud

Sibylle Stoeckli, designer, Dimitri Delcourt et David Hodgetts, designers d’interaction, ont imaginé une installation matérialisant la dématérialisation des données catalographiques, passées progressivement des fiches en bristol à des bases de données hébergées dans le nuage. Quelque 23 000 fiches agrafées prennent leur envol d’une muraille de tiroirs de l’ancien catalogue de la bibliothèque pour former un nuage. Sur cet écran de papier sont projetés les résultats des recherches qu’un algorithme lance automatiquement dans le catalogue du réseau des bibliothèques de Suisse romande (RERO) : amorcé au début de l’exposition par une requête sur le terme «catalogue», le logiciel recherche systématiquement, en continu, toutes les notices contenant un des termes apparu dans un des titres qui figurent parmi les résultats de la recherche précédente, et ainsi de suite à l’infini, dérivant peu à peu dans le nuage. Le 21 novembre 2015, quel sera le dernier mot de l’exposition ?


Les catalogues naissent avec l’écriture

↳ Vitrine 01

Genève, Musée d’Art et d’Histoire, Inv. 16239
Catalogue, notice n° 1, p. 155

[ 01 ] Listes et catalogues dans l’ancienne Mésopotamie


Fragment de liste lexicale (ašlaku) d’époque paléo-babylonienne (IIe millénaire av. J.-C.). 4 colonnes de 7 à 10 lignes. Argile.
Dans la Syrie et l’Irak actuels, là où se sont développées les grandes civilisations de l’ancienne Mésopotamie et les premières écritures, des centaines de milliers de tablettes cunéiformes ont été retrouvées dont un grand nombre se présentent sous la forme de listes.La tablette exposée conserve un passage d’une liste lexicale en sumérien, qui énumère des professions ou des activités humaines(mercenaire, archer, menteur, brigand, etc.). Elle est représentative de ce corpus cunéiforme qui, constitué de listes de termes, de biens ou de textes, à finalité comptable ou pédagogique, représente la première documentation catalographique connue de l’histoire de l’humanité.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 313
Catalogue, notice n° 8, p. 177

[ 02 ] La Bible comme bibliothèque

Bible historiale. Paris ? vers 1414-1420. Manuscrit sur parchemin.

Cette copie de la Bible historiale — traduction de la Vulgate accompagnée de l’Histoire scolastique de Petrus Comestor — est décorée d’une table figurée. Les livres de la Bible y apparaissent soigneusement rangés dans une armoire à casiers de bois jaune.Les volumes sont fermés et posés verticalement, le plat inférieur au-dessus. Selon un usage courant dans le mobilier des bibliothèques médiévales, chaque casier porte le titre du ou des livres qui s’y trouvent. Cette image illustre le fait que la Bible est en soi une «bibliothèque», c’est-à-dire une collection de «livres».


Inventaires du Moyen Age et de la Renaissance

Les inventaires médiévaux sont des listes de biens précieux dressées à l’occasion de la prise de fonction d’un abbé, d’un évêque, d’un chancelier, du prêt de certains livres,d’un nouveau rangement, d’un déplacement,d’un legs, d’un inventaire après décès, d’un échange, de la rédaction de chroniques, etc.

↳ Vitrine 02-05

Bibliothèque de Genève, Ms. lat. 84
Catalogue, notice n° 2, p. 157

[ 03 ] Liste de transport d’une bibliothèque carolingienne (IXe siècle)

Liste de 21 livres, notée à la fin d’un manuscrit sur parchemin contenant : NONIUS MARCELLUS, De compendiosa doctrina (Abrégé d’enseignement). Vers 835.

Loup de Ferrières (805-862) est l’un des grands intellectuels du monde carolingien. Lié à Raban Maur, à Éginhard et à Heiric d’Auxerre, il a fortement contribué, par son enseignement et son soutien à la copie des textes, à la renaissance de la littérature antique.Venu au monastère de Fulda pour y suivre un stage d’exégèse biblique, il le quitta en juin 836, accompagné de plusieurs chevaux chargés de ses manuscrits. Cette liste de livres, copiée, assez maladroitement,à la fin d’un dictionnaire latin, a vraisemblablement été dressée dans le cadre de la préparation de ce transport, et pourrait donner le contenu d’une de ses malles. Elle manifeste un intérêt majeur pour les lettres classiques (Cicéron, Horace) et pour la vie de Charlemagne.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 561
Catalogue, notice n° 3, p. 161

[ 04 ] Le catalogue de la bibliothèque de Vulfad (vers 860)

Liste de 29 livres figurant en appendice de la traduction latine, par Jean Scot Érigène, de : Maxime LE CONFESSEUR, Ambigua adJohannem (Éclaircissements de passages ambigus de l’oeuvre de Grégoirede Nazianze). Manuscrit sur parchemin, vers 860. Premier exemple de catalogue domestique.

Familier du roi Charles le Chauve et ancien précepteur de son fils Carloman, Vulfad fut successivement abbé de Montier-en-Der (855-856), de Saint-Médard de Soissons (858-860) et de Rebais (apr. 860), puis archevêque de Bourges (866-876). La liste de ses livres est introduite par un mot sciemment hellénisant — bibli, «les livres». Elle comporte 29 unités «bibliographiques» signalées par une initiale de plus grand module, un changement de ligne (parfois au sein même d’une unité) ou la balise Item. Ce document constitue,avec le numéro précédent (n° 03), l’un des plus anciens catalogues de bibliothèque personnelle conservés pour l’Occident.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 597
Catalogue, notice n° 4, p. 165

[ 05 ] Un inventaire périmé : les livres de Saint-Arnoul de Crépy-en-Valois

Liste de livres du XIIe siècle en grande partie effacée, copiée à la finde : AUGUSTIN D’HIPPONE, Enarrationes in Psalmos. Manuscrit sur parchemin, XIe siècle.

Cette liste constitue le plus ancien catalogue conservé de la bibliothèque du prieuré Saint-Arnoul de Crépy-en-Valois. Il décrivait sommairement environ 55 unités avant d’être effacé, sans doute en raison de sa caducité. En effet, dès la fin du XIIe siècle, les moines avaient dressé un autre inventaire, plus complet, comportant en particulier quelques textes «modernes» (Hugues de Saint-Victor, Petrus Comestor). Les inventaires médiévaux sont souvent des listes «jetables», circonstance qui explique leur faible degré de conservation.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 988
Catalogue, notice n° 6, p. 171

[ 06 ] Un programme de lectures spirituelles

Recueil d’opuscules, comprenant la Tabula librorum de Renaud de Bétencourt. Manuscrit sur parchemin, vers 1390.

Ce répertoire a été élaboré à l’abbaye de Saint-Denis parle moine Renaud de Bétencourt. C’est une anthologie de textes représentatifs de divers courants mystiques médiévaux, qui illustre aussi l’activité savante à Paris sous le règne de Charles VI. L’auteur décrit le contenu des 10 volumes qu’il a fait copier à l’intention de ses confrères (chaque recueil pouvant contenir jusqu’à une vingtaine de textes), puis il en redistribue les titres dans un programme raisonné guidant l’ascension de l’âme vers le salut. L’éventail de textes proposés(108 titres) est large, depuis Sénèque jusqu’à François Pétrarque(† 1374), qui exerce alors une influence intellectuelle importante en France.


Bibliothèque municipale de Dijon, Ms. 610
Catalogue, notice n° 9, p. 179

[ 07 ] Réforme et inventaire : les livres de l’abbaye de Cîteaux

Jean DE CIREY. Inventaire des livres de l’abbaye de Cîteaux. 1480. Manuscrit sur parchemin.

Abbé de Cîteaux de 1476 à 1501, Jean de Cirey fut un intellectuel entreprenant, qui conduisit la réforme de son ordre. Dansle cadre de sa reprise en main de l’abbaye, la bibliothèque figure au premier rang : l’inventaire de 1480 est à considérer dans cette perspective,les livres représentant à la fois une valeur intellectuelle et un capital. Établi suivant la topographie des collections, il décrit le contenu des pupitres — meubles de rangement classiques de la bibliothèque médiévale — mais évoque également un mobilier plus diversifié : armoires («armaria»), coffres («archae»), voire paniers(«cistae»). On signalera la présence de quelques livres imprimés parmi les manuscrits : Jean de Cirey fut lui-même un promoteur du nouveau média, puisqu’il commanda l’édition des Privilèges de sonordre (1491).


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4184
Catalogue, notice n° 11, p. 188

[ 08 ] Index et inventaire : les « catalogues doubles »

Claude DE GRANDRUE. Index novus eorum que in bibliothecacenobii sancti Victoris continentur. Paris, 1513. Manuscrit sur papier.

Au début du XVIe siècle, dans la cadre d’une réorganisation de l’abbaye Saint-Victor et de sa bibliothèque, deux catalogues complémentaires sont dressés, l’un alphabétique, l’autre topographique.Ils constituent les deux volets du «catalogue double», un outil fréquent dans les bibliothèques médiévales, conçu à la fois pour la recherche (des textes) et l’inventaire (des volumes). L’inventaire est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale, l’index à la Bibliothèque Mazarine. Répertoriant les textes dans l’ordre alphabétique des auteurs, des titres ou des matières, il permet d’apprécier la place d’un auteur ou d’une oeuvre dans cette bibliothèque, à cette date l’une des plus importantes du royaume de France.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 3323
Catalogue, notice n° 12, p. 192

[ 09 ] Le registre de prêt du collège de Sorbonne (XVe– XVIe siècles)

Diarium Bibliothecae Sorbonae. Paris, vers 1403-1530 et 1522-1536.
Manuscrit sur parchemin et papier.

Dans ce registre de prêt — le plus ancien connu —, chaque feuillet est réservé aux emprunts d’un sociétaire du collège de Sorbonne.Mais les difficultés de la mise à jour ont menacé la cohérence de cet outil dès l’origine. L’inadvertance de certains bibliothécaires et la longueur des listes de prêt entraîna le morcellement et la dispersion des informations. Parmi les tentatives de lutte contre le désordre figure la rédaction de tables d’emprunteurs, ou le recours à des signets de parchemin nominatifs.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4204
Catalogue, notice n° 13, p. 197

[ 10 ] Le plus ancien catalogue imprimé d’une bibliothèque (vers 1550)

Tabula in universum indicans libros singularum disciplinarum. Paris,après 1549, in-plano.

Elaborée, d’après son contenu, au milieu du XVIe siècle,cette table doit être considérée comme le premier catalogue imprimé d’une bibliothèque institutionnelle. Elle recense près de 1 600volumes, manuscrits et imprimés confondus, qui composaient la bibliothèque commune du collège de Sorbonne. Son classement est systématique (27 rubriques regroupées en 7 sections, qui épousent l’ordre des facultés de l’Université de Paris). Chaque feuillet a été conçu comme un placard qui pouvait être affiché auprès du pupitre dont il inventoriait le contenu.


La valeur probatoire du catalogue

↳ Vitrine 06

Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 841
Catalogue, notice n° 7, p. 174

[ 11 ] La prisée des trésors de Jean de Berry (1416)

Jean LEBOURNE. Compte rendu de l’exécution du testament du duc Jean de Berry. Paris, 29 juin-31 décembre 1416. Manuscrit sur parchemin.

Cet imposant manuscrit est le compte rendu de l’exécution du testament de Jean de Berry, frère du Roi et remarquable collectionneur,mort le 15 juin 1416. Il comprend l’inventaire des biens trouvés dans ses palais de Bourges, de Mehun-sur-Yèvre et de Paris,répartis en trois sections : tapis et tapisseries, joyaux, livres. L’intérêt du compte réside dans l’estimation de la valeur des objets. Quelque150 manuscrits furent ainsi prisés pour environ 9 500 livres tournois,chiffre considérable, rapporté aux 850 manuscrits de la librairie du Louvre, qui le seront pour 2 300 livres à la mort du roi Charles VI (1422). Parmi les manuscrits qui échurent aux créanciers du duc, lesTrès Riches Heures peintes par les frères Limbourg, aujourd’hui à Chantilly.


Archives d’État de Genève, Jur. civ., F 254
Catalogue, notice n° 28, p. 248

[ 12 ] Les livres dans l’inventaire après décès (1630)

Inventaire après décès de la bibliothèque d’Agrippa d’Aubigné (1552-1630). 1630. Manuscrit sur papier.

Le poète Agrippa d’Aubigné mourut le 9 mai 1630 à Genève,où il s’était réfugié après sa condamnation à mort. L’inventaire de ses livres, levé par un notaire 15 jours plus tard, constitue pour l’historien une source partielle : il est muet sur les biens qui pouvaient relever d’autres juridictions (d’Aubigné avait abandonné l’essentiel de ses avoirs en France en s’exilant) ; des tris et des prélèvements préalables ont été opérés par les héritiers ou les autorités (dont on sait qu’elles ont détruit les manuscrits de ses oeuvres polémiques) ; les entrées de l’inventaire, loin de transcrire les pages de titre, reprennent souvent les indications très sommaires inscrites au dos, sur le plat ou les tranches des volumes.


Les bibliographies

Catalogues et bibliographies normalisent tous deux l’information. Le catalogue décrit des documents existant physiquement dans un endroit donné : il les localise dans l’espace et le temps (tel exemplaire sur tel rayon de telle bibliothèque). À l’inverse, la bibliographie décrit un corpus immatériel, des documents existant dans l’absolu.

 

↳ Vitrine 07-10


Paris, Bibliothèque Mazarine, Inc 797-1
Catalogue, notice n° 10, p. 185

[ 13 ] La première bibliographie imprimée (1494)

Johann TRITHEIM. De scriptoribus ecclesiasticis. — Bâle : Johann Amerbach, 1494, in-fol.

Cet ouvrage est considéré comme la première bibliographie imprimée, donnant quelque 7 000 titres attribués à 963 auteurs.Le classement des notices est chronologique à partir du pape Clément Ier (Ier siècle). Chacune commence par une brève biographie de l’auteur, suivie de la liste de ses oeuvres. Les dernières notices se rapportent à des contemporains, y compris Johann Tritheim lui-même. La localisation d’une notice est rendue possible grâce à l’index alphabétique des auteurs (pris aux prénoms), lequel renvoie à la foliotation imprimée. L’ensemble du dispositif de mise en page typographique permet de réunir et de manipuler d’importantes masses d’informations.


Bibliothèque de Genève, Aa 819
Catalogue, notice n° 17, p. 207

[ 14 ] La Bibliotheca universalis

Conrad GESNER. Bibliotheca universalis sive Catalogus omniumscriptorum locupletissimus in tribus linguis latina, graeca et hebraica.— Zurich : Christoph Froschover, 1545.

Inquiet, comme purent l’être les hommes de la Renaissance,de la nouvelle surabondance des livres, Conrad Gesner (1515-1565) s’est donné la mission de recenser l’ensemble de la productions avante. Les techniques documentaires mobilisées pour construire cette première bibliographie universelle furent particulièrement novatrices : utilisation des catalogues de libraires, dépouillement des contenus, confection de fiches préparatoires, indexation des auteurs et des matières.


Paris, Bibliothèque Mazarine, 4° 10245-2 Rés
Catalogue, notice n° 19, p. 214

[ 15 ] Bibliothèque parfaite (1583)

François GRUDÉ, sieur de LA CROIX DU MAINE. Desseins, ou projects pour dresser une Bibliotheque, parfaicte. — Paris, 1583.

Quelques mois après son installation à Paris, l’auteur fait imprimer à ses frais cette plaquette qui contient un projet de «bibliotheque parfaicte» soumis au Roi de France. Elle serait organisée en 7 «ordres», chacun contenant entre 9 et 24 «buffets ou dressoirs». Une gravure à pleine page présente même un modèle de «buffet »destiné à recevoir les mémoires ou recueils de lieux communs que La Croix du Maine se proposait de composer pour chaque section. Le projet, plus encyclopédique que bibliographique, ne fut jamais entrepris.


Bibliothèque de Genève, Aa 151
Catalogue, notice n° 20, p. 218

[ 16 ] La Bibliothèque françoise (1584)

François GRUDÉ, sieur de LA CROIX DU MAINE. Bibliothèque.— Paris : Abel L’Angelier, 1584, in-fol.

La Bibliothèque françoise n’est ni une collection, ni même un répertoire de textes, mais «un inventaire des escrivains françois», auquel aurait dû faire pendant une Bibliotheca latina, annoncée sans jamais avoir été réalisée. Comme elle reflète largement le carnet d’adresses de La Croix du Maine, on lui reprocha d’avoir donné place à des imposteurs ou à des écrivains médiocres. Mais le principe« de nommer toutes sortes d’autheurs, tant doctes qu’ignorants», fait aussi la richesse, pour les chercheurs d’aujourd’hui, dela Bibliothèque française.


Bibliothèque de Genève, Gf 2
Catalogue, notice n° 53, p. 341

[ 17 ] De la bibliothèque à la bibliographie (1771)

Gottlieb Emanuel de HALLER. Conseils pour former une bibliothèque historique de la Suisse. — Berne, 1771, in-8.

Le fils aîné du grand naturaliste Haller rassembla une vaste collection de sources imprimées et manuscrites relatives à l’histoire suisse, par l’intermédiaire d’un réseau de quelque 350 correspondants. Sur la base des matériaux réunis, il publia en six volumes une bibliographie analytique de l’histoire suisse (1759-1770), et en fit paraître en 1771 un abrégé français, amputé des manuscrits et des citations. D’un ensemble de livres réunis physiquement dans un espace clos, la bibliothèque s’est transformée en réservoir de métadonnées organisées systématiquement, sans plus aucun lien explicite avec la collection originelle.


Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 QB 195 (24) inv. 430-431 FA
Catalogue, notice n° 63, p. 373

[ 18 ] La nouvelle primauté de la bibliographie

Thomas Hartwell HORNE. An Introduction To the Study of Bibliography.To Which Is Prefixed a Memoir On the Public Libraries of the Antients. — Londres, 1814.

Le manuel de bibliographie de l’anglais Thomas Hartwell Horne (1780-1862) est pionnier par l’attention qu’il prête aux évolutions techniques de la presse, ainsi qu’à la question du format bibliographique,essentiel non pas seulement pour faciliter l’organisation d’une bibliothèque ou d’un catalogue, mais aussi, sur le plan scientifique,pour éviter toute confusion dans la distinction des éditions. Il détaille un système classificatoire qui place la bibliographie entête des disciplines. Cette primauté nouvelle de la bibliographie sera désormais régulièrement consacrée par les systèmes de classification universelle, et notamment par la classification décimale forgée par Melvil Dewey, à la faveur d’une extension aux «sciences de l’information».


Les bibliographies commerciales

↳ Vitrine 10

Bibliothèque de Genève, Aa 215
Catalogue, notice n° 50, p. 332

[ 19 ] La distinction du livre rare

Guillaume-François DEBURE. Bibliographie instructive, ou Traité de la connaissance des livres rares et singuliers... — Paris : Debure,1763-1768. — 7 t. in-8.

La Bibliographie instructive est le testament bibliographique du milieu des experts en livres rares qui s’était développé à Paris à partir de la fin du XVIIe siècle. Alors que les bibliographies émanées des milieux des savants visaient «la connoissance des livres par rapport à l’homme de lettres», le propos de Debure est celui du collectionneur et du «curieux». C’est le premier ouvrage consacré aux livres rares qui soit si ample, si méthodique et aussi précisément fondé sur une expérience du marché. En plus des exemplaires ordinaires au format in-8, on réalisa un tirage de tête de cinquante exemplaires sur hollande, au format in-4, depuis lors eux-mêmes devenus des livres rares.


Coll. part.
Catalogue, notice n° 69, p. 392


[ 20 ] L’ultime édition du Brunet, qui ne vit pas le jour

Jacques-Charles BRUNET. Manuel du libraire et de l’amateur de livres.
5e édition
. — Paris : Firmin-Didot, 1860-1865. — 6 vol. Fragments du tome II, annotés et préparés pour une 6e édition qui ne fut jamais publiée. Fiches autographes de Jacques-Charles Brunet. Bois gravés pour l’illustration du Manuel.

Fils de libraire et libraire-lui-même, Jacques-CharlesBrunet se consacre exclusivement à sa passion bibliographiqueà partir de 1825. Son Manuel, qui connut 5 éditions, est la dernière grande bibliographie universelle imprimée, qui ne cache pas un attrait pour le livre rare, et un intérêt pour les reliures et la valeur des livres. La 5e et dernière édition parut entre 1860 et 1865. Brunet recevait les feuilles du livre à mesure de leur tirage et, infatigable,continuait d’annoter, de réviser et de compléter son oeuvre. Après sa mort en 1867, un projet naquit de faire un nouveau Brunet richementillustré, sur la base de cet exemplaire enrichi de la cinquième édition.L’initiative resta sans suite, mais l’exemplaire annoté a été retrouvé cent ans plus tard, oublié dans les greniers de l’éditeur Firmin-Didot. Il est accompagné de fiches et paperolles autographes de Brunet. Plusieurs bois originaux de marques d’imprimeurs ont également été conservés : ils avaient déjà été utilisés dans l’édition précédente (la 4e, en 1844), non seulement comme documents, mais aussi pour compliquer la tâche des contrefacteurs belges, dont Brunet avait été victime par deux fois.


Liste de livres à écrire, à acquérir ou à transporter

↳ Vitrine 11

Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, Inc A 1.959
Catalogue, notice n° 14, p. 199

[ 21 ] Érasme et le catalogue de ses textes (1519)

Index omnium Erasmi lucubrationum. — Louvain : Thierry Martens,1519, in-4.

Érasme est le premier auteur à s’être efforcé méthodiquement de se composer une image pour la postérité, au travers de ses portraits, de sa correspondance, mais aussi des catalogues de ses textes (221 éditions originales publiées de son vivant). Le premier catalogue proprement dit de ses oeuvres est imprimé en 1519: il manifeste déjà le dessein de transformer ses textes en une bibliothèque parfaitement ordonnée. Il est divisé en deux rubriques : la première contient les oeuvres éditées ; la seconde les travaux à paraître ou en cours de rédaction (18 titres, dont la plupart ne seront jamais publiés).


Bibliothèque de Genève, Ms. lat. 92
Catalogue, notice n° 15, p. 202

[ 22 ] Une liste de desiderata (vers 1520–1530)

Liste des livres que François Bonivard voulait acquérir. Copiée sur deux feuillets d’un manuscrit des XVe-XVIe s. comprenant les fables d’Ésope.

François Bonivard (1493-1570) eut une vie tourmentée, au gré des événements qui transformèrent la seigneurie épiscopale de Genève en république réformée calviniste. Cette liste de livres convoités a été notée en plusieurs étapes, de manière sommaire. Son contenu reflète bien les préoccupations intellectuelles de Bonivard au début de sa carrière d’écrivain : auteurs de l’Antiquité, contemporains convertis comme lui à la Réforme (Sébastien Münster,Joachim Vadian), linguistique. Il réussit à acquérir une quarantaine de ces ouvrages.


Genève, Musée historique de la Réformation, Arch. Tronchin 21
Catalogue, notice n° 29, p. 251

[ 23 ] Une liste de transport pendant la guerre de Trente Ans

Rolle des livres de Monseigneur le duc de Rohan qui sont dans quatre caisses ambalées et une cinquiesme de hardes pour estre apportées de Nismes à Genève. Lyon, 1632, in-fol.

Manuscrit sur papier.Un des chefs du parti protestant en France après la mort d’Henri IV, Henri de Rohan avait conduit la rébellion des huguenots en Guyenne et en Languedoc en 1621. Il fut contraint de s’exiler après la chute de La Rochelle en 1628, abandonnant ses biens et sa bibliothèque à Nîmes pour se réfugier à Venise, puis en Suisse. À l’automne 1632, il fit venir à lui ses livres restés à Nîmes, en profitant de l’aide de plusieurs intermédiaires. Cet inventaire a été préparé au moment du conditionnement des volumes (104 imprimés et14 manuscrits).


Catalogues institutionnels

↳ Vitrine 12

Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 8-H-26084(2)
Catalogue, notice n° 22, p. 228

[ 24 ] Inauguration de la bibliothèque et publication du catalogue (1595)

Pierre BERTIUS. Nomenclator autorum omnium, quorum libri... exstantin Bibliotheca Academiae Lugduno-Batavae. — Leyde : Franciscus Raphelengius, 1595, in-4°.

Le 24 mai 1595, jour de l’inauguration de la nouvelle bibliothèque de Leyde, était présenté cet ouvrage, qui fut longtemps considéré comme le premier catalogue imprimé exhaustif d’une bibliothèque institutionnelle. Le travail du bibliothécaire Bertius servit d’exemple à de nombreuses bibliothèques de ce type en Europe(Université de Franeker en 1601, villes d’Utrecht en 1608 et d’Amsterdam en 1612). Les livres y sont décrits selon la topographie de la collection, répartie en 7 sections (Théologie, Droit, Médecine,Histoire, Philosophie, Mathématiques, Belles-Lettres). Les in-folioy occupent des pupitres identifiés par des alphabets différents(hébreu pour la Théologie, capitales romaines pour le Droit, bas-de casse romain pour la Médecine, grec pour la Philosophie).


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4138-4145
Catalogue, notice n° 35, page274

[ 25 ] Le catalogue interfolié de la bibliothèque Bodléienne (1674)

Thomas HYDE. Catalogus impressorum librorum Bibliothecae
Bodleianae
. — Oxford : Theatrum Sheldonianum, 1674, in-fol.

La Bodléienne est l’une des rares bibliothèques à avoir fait le choix de dresser ses catalogues par ordre alphabétique. Des cinq qu’elle a imprimés (en 1605, en 1620, en 1674, en 1738, et en 1843-1851),celui de 1674 exerça la plus forte d’influence. Une des clés de son succès tint à sa capacité à être adapté pour servir de base aux projets catalographiques d’autres bibliothèques européennes. Au moins 29 exemplaires annotés et interfoliés ont été repérés. Dans l’exemplaire exposé, qui fut à l’usage de la bibliothèque du collège Mazarin jusque dans les années 1730, les notices imprimées ont été localisées par l’adjonction de cotes manuscrites, et un grand nombre de détails bibliographiques ont été complétés ou corrigés. Les livres absents de la Bodléienne ont été ajoutés sur des feuillets additionnels.


La bibliothèque du cardinal Mazarin 

↳ Vitrine 13

Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4599
Catalogue, notice n° 46, p. 317

[ 26 ] Le fichier et la carte à jouer (vers 1740)

Fiches préparatoires au catalogue de la bibliothèque Mazarine, vers1740. Cartes à jouer.

Un demi-siècle après l’ouverture de la Bibliothèque Mazarine (1689), Pierre Desmarais entreprit une refonte de son catalogue, qui nécessita d’importants travaux préparatoires (intégration des nouvelles acquisitions, reclassement, attribution de nouvelles cotes, repérage des doubles). Plutôt que de se contenter, comme ses prédécesseurs,de reporter directement les données collectées sur un registre topographique, il eut l’idée de noter ces informations (titre, auteur(s), adresse, date, format, reliure et cote) au dos de cartes à jouer, à raison d’une carte par unité bibliographique, qu’il compléta d’annotations propres à lui faciliter la suite du travail (initiale de l’auteur en vue d’un reclassement alphabétique, soulignement de mots-clés du titre, etc.).  L’utilisation de cartes à jouer comme support de notes n’était pas novateur, mais l’usage particulier qu’en fit Desmarais le désigne, avant le bibliothécaire Paciaudi à Parme (vers 1760), comme le véritable inventeur du catalogue de bibliothèque sur fiches, encore qu’il n’ait sans doute utilisé ces dernières que pour faciliter la rédaction de son catalogue alphabétique à paraître. Son fichier inspira un de ses successeurs, Gaspard Michel, dit l’abbé Leblond, secrétaire de la Commission des Quatre-Nations, quand il s’agit de préparer en 1790 l’inventaire général des ouvrages«mis sous la main de la Nation» (voir n°59).


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4109-4111
Catalogue, notice n° 33, p. 263

[ 27 ] La dernière bibliothèque de Mazarin (1661-1662)

Inventaire de la bibliothèque de Mazarin. Paris, 1661-1662. Manuscrit sur papier, 3 vol. in-fol.

La première bibliothèque parisienne de Mazarin (environ 50 000 volumes), dispersée par la Fronde en 1652, n’eut pas de catalogue. Pas plus que la seconde, reconstituée à partir de 1653, et qui est à l’origine de l’actuelle Bibliothèque Mazarine. Quelques mois après la mort du cardinal, ses livres firent l’objet d’un inventaire exhaustif pour la première fois. Le résultat est un impressionnant document de 1 800 feuillets, en cours d’édition électronique dans le cadre d’un projet de reconstitution virtuelle de cette bibliothèque, la plus importante du XVIIe siècle. La rédaction est organisée selon la topographie de la collection, dans son état au décès de Mazarin, en vacations successives (certaines sont datées), et à finalité comptable (il n’y a pas de prisée des livres, mais le nombre total de volumes est rapporté au bas de chaque feuillet).


Catalogues d’apparat

Par leur format imposant, leur composition élégante et leur impression soignée, les catalogues d’apparat soulignent leur fonction de représentation. Instruments de transmission lignagère d’un patrimoine livresque ou de pouvoir et de prestige au service d’un prince ou d’un grand personnage, les catalogues d’apparat sont la manifestation concrète de la puissance du propriétaire de la collection, le signe tangible de sa gloire ou de son rôle de protecteur des arts et lettres.

 

↳ Vitrine 14

Bibliothèque de Genève, Aa 316
Catalogue, notice n° 39, p. 290

[ 28 ] La Bibliotheca Telleriana (1693)

Bibliotheca Telleriana, sive Catalogus librorum bibliothecae Caroli Mauritii Le Tellier. — Paris : Imprimerie royale, 1693, in-fol.

La Bibliotheca Telleriana est un remarquable exemple de catalogue domestique imprimé, en même temps qu’une entreprise originale où se mêlent bibliophilie privée et projet d’État. Publié par l’Imprimerie royale, ce luxueux catalogue s’ouvre sur un portrait-frontispice du collectionneur, gravé par Gérard Edelinck d’après Pierre Mignard. Ayant adopté la classification récemment mise au point par Nicolas Clément pour le Roi, il fut reçu comme une préfiguration du catalogue royal.


Bibliothèque de Genève, Aa 15 / Catalogue, notice n° 44, p. 308

[ 29 ] La Bibliotheca Coisliniana (1715) : une bibliothèque révélée par un monument d’érudition

Bibliotheca Coisliniana, olim Segueriana. — Paris : Louis Guérin et Charles Robustel, 1715, in-4°.

À la mort du chancelier de France Pierre Séguier (1588-1672), sa riche bibliothèque se referma sur elle-même. Des savants s’en émurent et l’arrière-petit-fils du chancelier, Henri-Charles du Cambout, évêque de Metz et duc de Coislin, permit au savant bénédictin Bernard de Monfaucon de dresser un catalogue détaillé de tous ses manuscrits grecs. Le duc fut satisfait du résultat puisqu’il confia aux bénédictins de Saint-Germain-des-Prés l’ensemble de ses manuscrits (1716). Le catalogue ne veut pas être une simple énumération, mais offrir à la République des lettres l’accès aux trésors que le bénédictina découverts dans les manuscrits : il intègre la publication de textes inédits et leur traduction latine, une analyse détaillée du contenu des volumes, et mentionne colophons, gloses marginales, notes d’achat ou de propriété (en particulier les ex-libris de la Grande Laure du Mont Athos, pierres d’attente pour la reconstitution, encours actuellement, de cette importante bibliothèque médiévale).


Les catalogues de manuscrits

↳ Vitrine 15

Paris, Bibliothèque Mazarine, 4o 18605
Catalogue, notice n° 30, p. 254

[ 30 ] Une tentative de catalogue collectif (1641–1644)

Antonius SANDERUS. Bibliotheca Belgica Manuscripta. — Lille, 1641-1644, in-4°.

Cet ouvrage correspond d’abord au souhait d’inventorier les manuscrits conservés dans les Pays-Bas espagnols et «rescapés» des guerres de religion du XVIe siècle. Il compile les catalogues de plusieurs collections (de maisons religieuses, de chapitres séculiers, de particuliers, etc.). Mais avec ses 15 000 titres, l’ouvrage, inachevé, manque d’unité : les listes sont éditées sans ordre systématique, l’index fait défaut, la rédaction des notices n’est pas normalisée. Il faudra attendre la Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum nova (1739) de Bernard de Montfaucon (1655-1741) pour voir apparaître une catalographie collective plus systématique des manuscrits, préfiguration des grands catalogues savants des XIXe et XXe siècles.


Bibliothèque de Genève, Aa 27
Catalogue, notice n° 37, p. 284

[ 31 ] La gravure au service de la codicologie (1690)

Daniel NESSEL. Catalogus... codicum manuscriptorum Graecorum... Augustissimæ Bibliothecæ Cæsareæ Vindobonensis. — Vienne ; Nuremberg,1690, in-fol.

Le catalogue des manuscrits grecs et orientaux de la Hofbibliothek de Vienne, rédigé par Daniel de Nessel (1644-1700) sur ordre de l’empereur Léopold Ier, est particulièrement remarquable par la richesse de son illustration, intégrée dans les volumes sous forme de gravures sur cuivre. C’est du reste le premier catalogue de manuscrits qui manifeste un tel intérêt pour la description et la reproduction des contenus iconographiques et des éléments paléographiques.


Bibliothèque de Genève, Aa 23
Catalogue, notice n° 51, p. 334

[ 32 ] Bandini et les catalogues de la bibliothèque

Laurentienne Angelo Maria BANDINI. Catalogus codicum manuscriptorum

bibliothecae Mediceae Laurentianae varia continens opera graecorum patrum.— Florence : Imprimerie impériale, 1764-1770. – 3 tomes in-fol.

Ouverte en 1571, la Laurentienne conserve les manuscrits rassemblés par Côme l’Ancien et Laurent le Magnifique dans un bâtiment dessiné par Michel-Ange, au flanc de la basilique San Lorenzo. La pugnacité d’Angelo Maria Bandini, qui dirige la bibliothèque à partir de 1757, a permis d’en réaliser le catalogue : une imposante série est consacrée aux manuscrits grecs, aux latins, puis aux manuscrits et imprimés en langue vulgaire. Les volumes sont décrits par groupe linguistique, plutôt que dans l’ordre thématique où ils sont rangés sur les pupitres. Bandini s’inspire explicitement de la méthode élaborée par Bernard de Montfaucon pour la Bibliotheca Coisliniana (1715, n° 44), même s’il est plus à l’aise dans l’histoire littéraire que dans la description codicologique. Assurant lui-même la promotion de sa publication, il contribue à renouveler la figure du bibliothécaire, médiateur entre les collections et les savants.


Le commerce du livre

Catalogues de fonds, d’assortiment,de foire ou de vente, les catalogues commerciaux ont joué un rôle décisif dans le développement de l’expertise bibliographique. Ils ont pour fonction, non pas la conservation, mais la circulation du livre.

 

↳ Vitrine 16-17

Paris, Bibliothèque Mazarine, 4o 18625-7
Catalogue, notice n° 25, p. 239

[ 33 ] Les foires de Francfort

Recueil de onze catalogues de la foire de Francfort publiés entre 1602 et 1641, rassemblés dans les années 1640.

Depuis la fin du XVe siècle, la foire de Francfort, organisée deux fois par an, était visitée par les libraires de l’Europe entière. Ses catalogues, publiés depuis 1564, n’indiquaient pas de prix, car ils n’étaient pas fixés pour ce type de marchandise. Les catalogues de foire remplissaient une triple fonction : support de commande et de négoce pour la librairie ; instrument pour l’exercice de la censure; moyen d’information des bibliothécaires et des lecteurs sur les nouveautés et leur disponibilité. Le présent recueil rassemble des catalogues des foires de printemps ou d’automne publiés entre 1602et 1641. Il a été constitué et annoté par Gabriel Naudé, bibliothécaire de Mazarin.


Paris, Bibliothèque Mazarine, 8° 34346-2
Catalogue, notice n° 26, p. 242

[ 34 ] Le classement par lieux d’édition

Louis PROST. Catalogus librorum, Lugduni, Parisiis, in Italia, Hispania, Germania & Belgio, excusorum. Lyon : [Louis Prost], 1621, in-12.

Le catalogue imprimé par le libraire lyonnais Louis Prost présente à ses clients et partenaires des livres organisés selon un critère de classement peu fréquent: le lieu de publication. Il correspond à une ambition commerciale, affichant la dimension internationale et la variété du stock d’un grand libraire qui exerce un rôle important de redistribution. Il constitue sans doute aussi une facilité pratique et logistique : dans les officines, la marchandise est «naturellement» organisée par lots de provenance diverse. On observera que des espaces ont été laissés en blanc pour permettre aux usagers, ou au libraire lui-même, d’ajouter des titres à la main.


Bibliothèque de Genève, Aa 2587
Catalogue, notice n° 31, p. 256

[ 35 ] Catalogue de fonds et d’assortiment (1653)

Catalogus librorum Genevae impressorum. — Genève : Jean-Antoine et Samuel de Tournes, 1653, in-8.

Les De Tournes forment une dynastie d’imprimeurs-libraires protestants actifs à Lyon puis à Genève, où ils se sont réfugiés lors des guerres de religion. Dans ce catalogue d’officine, ils présentent sans distinction les livres dont ils font le négoce, qu’ils les aient imprimés eux-mêmes ou fait imprimer (livres de sortes), ou acquis par achat ou par échange feuille pour feuille avec leurs confrères (livres d’assortiment). Le lieu d’impression, qui n’est mentionné que s’il est autre que Genève, permet de faire le départ entre l’un et l’autre type de marchandise.


Paris, Bibliothèque Mazarine, 8° 36699-5
Catalogue, notice n° 38, p. 287

[ 36 ] La périodicité des catalogues de libraires

Catalogues des livres vendus par le libraire Reinier Leers. 6 livraisons publiées à Rotterdam entre 1692 et 1697, in-8°.

Etabli à Rotterdam, Reinier Leers (1654-1714) avait tissé un vaste réseau de relations tant à l’intérieur qu’au-delà des frontières des Provinces-Unies. Le vaste choix de livres disponibles dans sa boutique est connu par des catalogues dont le mode de publication s’apparente à celui des périodiques (en livraisons successives numérotées). Chaque livraison contient environ 400 titres. Leers réussit à maintenir son commerce avec la France pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) ; en échange de ses fournitures de livres à la Bibliothèque royale, il fut même autorisé à commercialiser les estampes et livres à figures du Cabinet du Roi, et les productions de l’imprimerie royale. Certains membres de la cour de Louis XIV jugèrent cette relation commerciale indigne du Roi.


Bibliothèque de Genève, Aa 336
Catalogue, notice n° 45, p. 315

[ 37 ] La vente publique de la Bibliothèque colbertine (1728)

Bibliotheca Colbertina.... — Paris : Gabriel Martin, François Montalant,1728, 3 vol. in-8°.

Colbert possédait une superbe bibliothèque, abritée dans son hôtel de la rue des Petits-Champs, où elle faisait l’admiration des visiteurs. Son petit-fils Charles Éléonor Colbert, comte de Seignelay (1689-1747), la mit en vente en 1728. Le catalogue de vente est organisé selon les cinq classes du système «des libraires de Paris», mais à l’intérieur d’une répartition générale par formats. Comme d’autres grands catalogues de vente, enrichi des prix d’adjudication, il acquit le statut d’outil de travail bibliographique, et prit place dans de nombreuses bibliothèques de savants et de collectionneurs.


Bibliothèques particulières et catalogues « domestiques »

Le terme de catalogue domestique désigne les catalogues de bibliothèques particulières dressés parleur propriétaire ou à leur demande

 

↳ Vitrine 18

Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4265
Catalogue, notice n° 36, p. 280

[ 38 ] Un catalogue domestique

Catalogue de mes livres en 1670. Paris, 1671, in-fol. Manuscrit sur papier.

Le catalogue «domestique» désigne un inventaire de bibliothèque particulière dressé par son propriétaire ou à sa demande. Conçu à la fois comme outil de gestion et image de la collection, il constitue aujourd’hui une source exceptionnelle pour appréhender les pratiques du livre dans un cadre privé. Le commanditaire de celui-ci en a confié la rédaction à un libraire, avant d’improviser un semblant de titre qui ne nous dit rien de lui : «Catalogue de mes livres en 1670». Ce catalogue domestique a été initialement dressé d’un seul mouvement. En prévision des accroissements, le verso des feuillets a été systématiquement laissé vierge et un espace disponible a été ménagé à la fin de chaque section.


Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, Ms. 6298
Catalogue, notice n° 56, p. 349

[ 39 ] Une encyclopédie bibliographique : le projet du marquis de Paulmy

Catalogue de la bibliothèque du marquis de Paulmy. 1775 ?-1787,in-fol. Manuscrit sur papier.

Antoine-René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), s’est appuyé sur sa considérable collection de livres, de manuscrits et d’estampes pour nourrir un double projet : une Bibliothèque universelle des romans présentant les oeuvres de la littérature à un public de non-spécialistes, et un catalogue à visée bibliographique qui dépasserait la célèbre Bibliographie instructive de Guillaume-François Debure (voir n° 19). Après une première mise en ordre sur le dos de cartes à jouer, c’est sous forme de volumes que fut entrepris le catalogue méthodique, dont on connaît trois versions. Mais chaque tentative s’est interrompue après le premier tome, consacré à la Théologie. La présentation sur deux colonnes, matérialisées par une pliure verticale du papier, manifeste la distinction entre l’identification des livres,dressée par le bibliothécaire dans la colonne de droite, et les commentaires érudits en regard.


La naissance de la lecture publique

Au milieu du XVIIIe siècle, la croissance du taux d’alphabétisation, partant l’élargissement du lectorat,l’augmentation de la production imprimée, le prix élevé du livre, l’apparition de nouveaux besoins d’information et l’aspiration à une sociabilité lettrée donnent naissance à des structures plus ouvertes et moins contraignantes que les bibliothèques existantes. Des sociétés littéraires fleurissent ici et là, des cabinets littéraires voient le jour, qui donnent accès par abonnement à des contenus récréatifs

 

↳ Vitrine 19

Bibliothèque de Genève, Su 4531
Catalogue, notice n° 52, p. 338

[ 40 ] Catalogue et mode d’emploi d’une société littéraire

[François Samuel MANDROT]. Catalogue des livres de la Bibliothèque de Morges, avec le projet sur lequel on a souscrit... — Lausanne: Jean-Pierre Heubach & Cie, 1768, in-8°.

Les premières bibliothèques publiques de Suisse sont nées en terre protestante, d’initiatives privées et presque toujours parle biais d’une souscription. C’est le cas de celle de Morges, fondée en 1767 par une Société littéraire. Il s’agissait de partager les coûts d’acquisition d’un grand nombre de nouveautés et de constituer une collection de livres possédée en commun par les souscripteurs, qui s’acquittaient d’un droit d’entrée, assortie parfois d’une cotisation annuelle. Le premier catalogue, imprimé en 1768, comprend un important paratexte liminaire : explication du système de souscription, listes des souscripteurs et des bienfaiteurs, discours d’inauguration, règlement... Dans les notices, la valeur marchande de chaque document détermine le montant de l’amende infligée en cas de dommage ou de perte.


Paris, Bibliothèque Mazarine, 18 629 A
Catalogue, notice n° 55, p. 347

[ 41 ] Monument typographique érigé à la mémoire du fondateur

Catalogue des livres de la bibliothèque publique... [d’Orléans]. — Paris: Pierre-Théophile Barois ; Orléans : Jacques-Philippe Jacob, 1777, in-4°.

Le fondateur de la bibliothèque publique d’Orléans, le juriste Guillaume Prousteau, avait, dans son acte de donation (1714), imposé la réalisation d’un catalogue double, d’une part alphabétique, méthodique d’autre part. En 1721 parut un premier catalogue, puis en 1777 un second, rédigé par le bibliothécaire Louis Fabre. D’impression soignée, celui-ci constitue un véritable monument élevé en l’honneur du fondateur de l’institution : il intègre éloge, épitaphes et présentation historique de la donation. Dans le corps des notices, il recourt abondamment aux outils de travail bibliographiques de ses prédécesseurs (David Clément, de Debure, Lenglet Dufresnoy, le Journal des savants et les Mémoires de Trévoux).


Coll. part.
Catalogue, notice n° 57, page 353

[ 42 ] Le catalogue d’un cabinet de lecture (vers 1780)

Catalogue des livres qui se donnent à lire au mois, chez le sieur Boucher l’aîné, libraire à Valenciennes, sur la Grand’Place. — [Valenciennes: Boucher l’aîné, vers 1780, in-12].

Au XVIIIe siècle, le livre et le périodique restent des objets relativement chers, auxquels il est impossible d’accéder couramment. Dans le même temps, l’intégration géographique croissante fait que l’on est rapidement informé de la parution des nouveautés, et que se développe le besoin de lecture. D’où la mise en place de structures de substitution comme le cabinet de lecture, qui est une innovation commerciale. Le premier vit le jour à Lyon en 1759. À Valenciennes, les Boucher exercent comme libraires, papetiers et relieurs, et proposent en outre les services d’un cabinet de lecture où les livres peuvent être loués au mois. La publicité en est assurée par la diffusion d’un petit catalogue imprimé, offrant un petit peu plus de 400 titres. Le choix des rubriques et des titres témoignent qu’il s’agit de répondre avant tout à une demande en littérature«de récréation», bien éloignée de l’offre des bibliothèques savantes.


Bibliothèque de Genève, Aa 2243 (1)
Catalogue, notice n° 58, page 356

[ 43 ] Le plus important cabinet littéraire de Genève (1789)

Recueil de neuf catalogues du cabinet littéraire de Jean-Emmanuel Didier. — [Genève], 1789-1804, in-12.

En 1790, au moins cinq cabinets littéraires sont en activité à Genève (28 000 habitants). Leur attractivité repose sur des horaires d’ouverture étendus, et un large éventail de nouveautés et de littérature d’agrément. Éclairés et chauffés, ils disposent souvent d’un espace réservé à la consultation des journaux. Dénués de finalité savante ou de visée pédagogique, ils se concentrent sur la littérature récréative. Dans le cabinet du libraire Didier, le plus considérable, le théâtre est la catégorie la mieux représentée (1 829 pièces). Pour soutenir l’intérêt du public avide de nouveautés, il rajeunit constamment son fonds et met à jour ses catalogues en s’engageant à publier un supplément tous les ans.


L’histoire littéraire

Discipline disparue, l’histoire littéraire réunissait des sujets aussi variés que les vies des hommes illustres, l’histoire des universités, des académies et des sociétés savantes, leurs publications, l’histoire des bibliothèques et leurs catalogues, les journaux scientifiques et les recueils de correspondance des savants.

 

↳ Vitrine 20

Bibliothèque de Genève, La Gr 1/2
Catalogue, notice n° 40, p. 293

[ 44 ] Bibliographie et Historia litteraria

Daniel Georg MORHOF. Polyhistor. — Lubeck : Peter Böckmann,1714, in-4.

Le Polyhistor est issu des cours que Morhof (1639-1691) donna à l’université de Kiel où il enseigna l’éloquence, la poésie et l’histoire, exerçant également les fonctions de bibliothécaire. Il se présente comme une somme ordonnée en trois tomes : litterarius, philosophicus et practicus. Le premier traite des méthodes d’apprentissage et des instruments à posséder avant d’accéder aux savoirs spécialisés, qui font l’objet des deux autres tomes. Plus qu’un répertoire, le Polyhistor est le premier grand traité d’«histoire littéraire», technique intellectuelle qui avait pour but de trier le savoir de façon critique afin de pouvoir l’augmenter. Abondamment utilisé, il fut au 18e siècle un classique de l’enseignement supérieur, particulièrement dans le monde germanique.


Bibliothèque de Genève, Rb 51**
Catalogue, notice n° 34, p. 271

[ 45 ] Périodiques et recension des livres (1665)

Première livraison du Journal des sçavans. Lundi 5 janvier 1665, in-4°.

Le Journal des savants, la plus ancienne revue scientifique fondée au monde et qui existe toujours, commença de paraître le 5 janvier 1665, à Paris. La première livraison consacre l’essentiel de son contenu (10 pages sur 12) au signalement de livres parus l’année précédente : parmi les sept ouvrages concernés, sommairement identifiés par une notice en italique (titre, auteur, lieu d’édition) suivie d’un compte rendu critique, figure la première édition en français du traité de L’Homme de Descartes.


Le catalogue comme instrument de reconquête religieuse

↳ Vitrine 21


[ 46 ] Une bibliothèque au service de la Contre-Réforme

Antonio POSSEVINO. Bibliotheca selecta de ratione studiorum...— Venise : Altobello Salicatio, 1603. –2 t. en 1 vol. in-12.

C’est un père jésuite, Antonio Possevino (1533-1611), qui créa le genre de la «bibliothèque commentée et choisie». Somme des savoirs, recueils de lieux communs, qui propose non seulement une méthode de travail et un guide pour la piété, mais combat aussi les ouvrages des adversaires du catholicisme. L’auteur propose une bibliothèque idéale, un plan d’étude hiérarchisant les savoirs, de la théologie à l’art épistolaire. Il fait l’histoire de chaque discipline, cite des textes, et fournit un guide bibliographique et critique.


Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8° D 4285 Rés
Catalogue, notice n° 16, p. 205

[ 47 ] Le premier Index (1545)

Cathologue des livres censurez par la faculté de theologie. Paris : pour Jehan André, 1545, in-8°.

Le dispositif de l’index des livres interdits est mis en place dans les années 1540. Dès 1542 une liste manuscrite est dressée parla Faculté de théologie de Paris. Deux ans plus tard, la première impression de ce catalogue est confiée à Jehan André, «libraire-juré de l’Université de Paris». La liste ne compte alors pas loin de 250 titres. Les livres de Luther y constituent le corpus le plus important (25 entrées).


Paris, Bibliothèque Mazarine, Ms. 4056
Catalogue, notice n° 42, p. 302

[ 48 ] Une mise en abyme du catalogue ?

Catalogue de la bibliothèque du couvent de Saint-Eloi Paris (ordre des Barnabites). Paris, 1703 et années suivantes. Manuscrit sur papier.

C’est dans un contexte d’importants travaux architecturaux, sans doute favorable aux ambitions de tous ordres et aux réorganisations, que fut entrepris le catalogue de la bibliothèque parisienne des Barnabites. Monumental in-folio de près de 400 feuillets, il est orné d’un étrange dessin, qui imite le trait du graveur. Les livres placés sur les tablettes en arrière-plan, dont les titres, disposés en capitales régulières et en long sur le dos des volumes sont rendus artificiellement visibles, désignent de manière elliptique une collection particulièrement riche en patristique, et à un moindre degré endroit canon. La figure féminine, qui de son pied écrase les oeuvres de Calvin, compose un manuscrit qui a tout lieu de désigner le catalogue lui-même, investi des missions et vertus qui sont celles de la bibliothèque tout entière.


On ne catalogue pas que les livres, mais aussi les animaux, les plantes, les étoiles, les estampes, les maladies, les mots

↳ Vitrine 22

Paris, Bibliothèque Mazarine, 2o 2255 A-5
Catalogue, notice n° 32, p. 259

[ 49 ] Le premier catalogue d’estampes imprimé (1655) ?

Catalogue des livres de figures qui sont au cabinet de M. de La Meschinière. — [1655], in-fol.

Le chanoine Louis Odespung de La Meschinière (1597-1655) a dressé lui-même le catalogue domestique de sa collection d’estampes. Il s’agit du premier document de ce genre qui ait été publié. Il se présente sous la forme d’un livret in-folio de 20 pages, précédé d’un feuillet d’introduction qui expose le principe du classement et ses subdivisions. Les recueils d’estampes y sont décrits, par sujets, au sein de quatre grands «ordres»: «Histoire», «Morale», «Progrez de la Peinture, Sculpture, & Graveure» et «Meslanges».


Bibliothèque de Genève, Aa 607
Catalogue, notice n° 68, p. 388

[ 50 ] Nosologie et bibliographie

Bibliothèque impériale. — Catalogue des sciences médicales. Paris: Firmin-Didot, 1857-1889. – 3 vol. in-fol.

Depuis le XVIIIe siècle la diffusion de la méthode linnéenne touche tous les secteurs des sciences de la vie. Naît ainsi la nosologie, classification des maladies ordonnées méthodiquement, qui va nourrir le projet de catalogue des sciences médicales de la Bibliothèque nationale au siècle suivant. Après plusieurs essais inaboutis, celui-ci voit le jour à partir de 1858. Son maître d’oeuvre, le médecin Frédéric Dubois d’Amiens, soumet alors la lettre T (qui recouvre la médecine dans la classification Clément du XVIIe siècle) à une série de subdivisions: une lettre minuscule (de a à g) désigne les grands secteurs de spécialité (anatomie, hygiène, médecine légale...); un nombre en exposant désigne le type d’ouvrage (mélanges, dictionnaires...). L’intérêt de cette cotation réside dans sa forte valeur sémantique. Cette méthode de catalogage de la lettre T s’est maintenue jusqu’en 1925, date après laquelle la répartition au sein de la lettre T s’est faite uniquement par format.


Les supports matériels du catalogue

La fiche présente de nombreux avantages pour la gestion de l’information: c’est un support distinct, uniforme et mobile; le fichier est extensible à l’infini; on peut modifier l’ordre de classement des fiches (alphabétique,chronologique, méthodique, etc.), voire combiner plusieurs ordres, et procéder à l’intercalation indéfinie de nouvelles fiches en fonction de l’accroissement de la collection.


↳ Vitrine 23

Paris, Bibliothèque interuniversitaire de santé, 7199 (1 et 6)

 

[ 51 ] Des catalogues à placarder

Catalogues des libraires Eusebius et Nicolaus Episcopius, Bâle, 1580et 1592, 2 f. in-plano (460 x 365 mm).

Les premiers catalogues d’imprimeurs-libraires connus se présentent sous la forme d’un feuillet au format in-plano, imprimé d’un seul côté et destiné à être affiché. Leur finalité commerciale et leur exposition expliquent qu’ils aient été conservés de manière très aléatoire. Le plus anciens connu, produit vers 1470 à Mayence par un ancien associé de Gutenberg, a été retrouvé dans la reliure d’un manuscrit. Ces listes, qui peuvent rappeler par leur forme et leur mode d’exposition les catalogues tabulaires de bibliothèque, sont encore régulièrement pratiquées par les libraires français, suisses ou hollandais aux XVIe et XVIIe siècles, même si le catalogue de libraire adopte rapidement la forme livresque (composition en cahiers, page de titre, avertissement, index des auteurs). Les rarissimes catalogues-placards exposés ici assuraient la publicité du fonds de deux imprimeurs-libraires bâlois de la fin du XVIe siècle, Eusebius et Nicolaus Episcopius, qui ont hérité de la célèbre officine de l’imprimeur humaniste Johann Herwagen.


Bibliothèque de Genève, Arch BPU Dk 27

[ 52 ] Un catalogue interfolié (XIXe siècle)

Insérer des feuillets blancs entre les pages d’un catalogueimprimé ou coller ces pages sur des feuilles blanches de formatplus grand permet d’enrichir, sans le rééditer, le catalogue d’unebibliothèque en fonction de l’accroissement des collections. Ici, lecatalogue interfolié de la bibliothèque de l’académie de Genève publiépar Louis Vaucher en 1834.


Bibliothèque de Genève, sans cote

[ 53 ] Le catalogue systématique de la bibliothèque de La Grange (XIXe siècle) 

Pour gérer la bibliothèque de la villa La Grange, Guillaume Favre (1770-1851) fit dresser deux catalogues complémentaires, l’un alphabétique, sous la forme de fiches rangées sans entraves dans les casiers de grands tiroirs, l’autre méthodique et topographique, sous la forme de liasses de fiches tenues par un ombilic, insérées dans des boîtes découpées et s’ouvrant en éventail.


Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève : ms. 4274
Catalogue, notice n° 66, p. 382

[ 54 ] Le catalogue capsenthétique de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (1851)

Une boîte (sur 20) en bois recouverte de basane racinée, affectant la forme d’un livre posé sur le plat inférieur, comprenant 4 compartiments équipés de tringles métalliques. Fiches, dont une partie constituée de cartes à jouer.

L’invention revendiquée par Pierre Pinçon (1802-1873), bibliothécaire à Sainte-Geneviève, représente une étape décisive dans le passage du catalogue-codex au catalogue-fichier. Baptisé du terme «capsenthétique» (du grec καπsa, «boîte»), ce dispositif repose sur deux idées: la conservation des fiches (généralement jetées après avoir servi à la préparation du catalogue, sauf dans de rares bibliothèques comme à la Palatine de Parme depuis les années 1760, ou à la bibliothèque impériale de Vienne depuis 1848); leur montage sur une tringle cadenassée. Il s’agit de la première mise en forme connue des «fichiers», appelés à constituer l’outil de recherche incontournable des bibliothèques jusqu’à la fin du XXe siècle. La démarche de Pinçon est intéressante en ce qu’elle témoigne d’une approche nouvelle de l’invention catalographique, conçue certes pour répondre à une nécessité bibliothéconomique particulière (le fonctionnement de la Bibliothèque Sainte-Geneviève dans ses nouveaux bâtiments), mais surtout pour être universalisée, dans d’autres bibliothèques et dans d’autres secteurs d’activité. On notera que cette invention hésite entre trois matérialités différentes: celle de la boîte ou du coffret, qui renvoie à l’archive,et que désigne clairement le terme «capsenthétique»; celle du livre, forme idéale des catalogues traditionnels, puisque les boîtes affectent la forme de livres reliés; celle du meuble à tiroirs, plus familière des collections de numismatique ou d’histoire naturelle (médaillers et coquilliers).


Genève, Service Écoles-Médias, Département de l’Instruction publique



[ 55 ] Le kardex®

Kardex® est une marque déposée de mobilier de classement affectant la forme d’un classeur horizontal. Par antonomase, le kardexdésigne le meuble servant au bulletinage des périodiques, c’est-àdire à l’enregistrement régulier des livraisons d’une publication en série, au fur et à mesure de leur arrivée, enregistrement qui permet de connaître en tout temps l’état de la collection.


Bibliothèque de Genève

[ 56 ] La microfiche

Les microformes sur support argentique (microfiches oumicrofilms) sont utilisées dans les bibliothèques depuis les années1930. Si elles présentent l’avantage de miniaturiser l’information, en revanche leur consultation nécessite un lecteur ad hoc.


Paris, Bibliothèque Mazarine
Catalogue, p. 360

[ 57 ] Le fichier rotatif : «une solution à tous les problèmes de classement»

Affiche publicitaire pour la société Columbia (Paris), 1956.

Devant le développement des fichiers et la croissance de leur contenu, plusieurs entreprises américaines et européenne sont conçu, entre la fin du XIXe siècle et les années 1960, des dispositifs visant à optimiser leur capacité et à réduire leur volumétrie. Ainsi des fichiers rotatifs inventés par la société Columbia, basée à Paris, et dont les différents modèles étaient destinés aux services des entreprises, de l’administration et des bibliothèques. Elle équipa notamment, en 1951 et 1952, la salle de lecture de la Faculté de médecine (aujourd’hui bibliothèque interuniversitaire de Santé). La mobilité (toute relative) du fichier était présentée comme un élément de modernité et d’efficacité.


Paris, Bibliothèque Mazarine, 8o 37282-25
Catalogue, notice n° 24, p. 235

[ 58 ] Un catalogue bien réel de livres imaginaires

Biblioteque imaginaire de livrets, lettres, et discours imaginaires. — [Paris ?], 1615, in-8°.

Anonyme, ce document est le premier catalogue imprimé de livres imaginaires qui ait été conservé. Par les titres satiriques et parodiques qu’il contient, il est à rapprocher des pamphlets politiques qui suivent l’assassinat d’Henri IV. La description de la bibliothèque de Saint-Victor donnée par Rabelais dans Pantragruel (1532) contenait déjà une liste de livres improbables mais, enchâssée dans une oeuvre de fiction, elle suggérait simplement une bibliothèque virtuelle,dont la littérature par la suite offrira de nombreux exemples. Ici, l’impression autonome du catalogue confère à la démarche un principe de réalité, et donne à la supercherie une matérialité susceptible d’abuser, au moins quelques instants, le public.


Paris, Bibliothèque Mazarine, Arch. 1/18/2
Catalogue, notice n° 61, p. 367

[ 59 ] Confiscation, nationalisation : un reçu de dépôt littéraire (1798)

État des livres reçus du dépôt de la Franciade par le citoyen Leblond, pour la Bibliothèque des Quatre-Nations, le 14 frimaire an 7 [4 décembre1798].

Depuis un décret du 13 janvier 1790 organisant Paris en département, le district de Franciade [Saint-Denis] lui était rattaché. Le dépôt littéraire de Franciade fut supprimé en mai 1798, et la Bibliothèque nationale, celle du Panthéon [Bibliothèque Sainte-Geneviève] et celle des Quatre-Nations [Bibliothèque Mazarine], y prélevèrent ce qui les intéressait. Des listes témoignent du choix alors effectué. Elles sont organisées par provenance (abbaye de Saint-Denis, Minimes de Chaillot, etc.) et numéros de «triage». Elles donnent une description bibliographique succincte des ouvrages prélevés, manuscrits, incunables et éditions des XVIe et XVIIe siècles. L’ensemble des accroissements que la Révolution apporta à la Bibliothèque Mazarine représente près de 50 000 volumes.


Les catalogues de la bibliothèque de l’académie de Genève

↳ Vitrine 25-27

Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dk 1
Catalogue, notice n° 18, p. 210

[ 60 ] Premier inventaire des livres du Collège Calvin

Catalogus librorum Bibliothecae Genevensis. 1572. Manuscrit sur papier.

Le collège fondé par Calvin à Genève en 1559 a pour vocation principale de former les ministres de la Parole de Dieu, qui contribueront à la diffusion de la foi réformée en Europe. On y enseigne la théologie, l’hébreu, le grec et la philosophie. À la mort de Calvin en1564, ses livres rejoignent la bibliothèque du collège : c’est quelques années après cette acquisition qu’on en dresse le premier inventaire, assez sommaire. La taille encore modeste de la collection permet de faire l’économie d’un système de cotation.


Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dd 4
Catalogue, notice n° 48, 326

[ 61 ] Consigner un legs

Inventaire des livres légués par le mathématicien Gabriel Cramer (1704-1752) à la bibliothèque de l’académie de Genève, dans : Registre d’entrée de la Bibliothèque (1726-1770), in-4.

Sous l’Ancien Régime, les fonds documentaires de la bibliothèque de l’académie de Genève s’enrichissent pour l’essentiel par le biais de dons et de legs de personnalités locales, d’anciens étudiants, de visiteurs illustres, de conseillers fraîchement élus, de pasteurs, de régents du Collège ou de professeurs de l’Académie. Professeur à l’académie, Gabriel Cramer est un grand mathématicien genevois qui a contribué à la résolution des équations linéaires en fondant, avec Leibniz, la théorie des déterminants, et donné son nom à une règle en algèbre linéaire et à un paradoxe en géométrie algébrique.


A l’exception de la Bodléienne d’Oxford, qui publie deux catalogues alphabétiques au XVIIe siècle, dans leur grande majorité avant le XIXe siècle les bibliothèques, qu’elles soient privées ou publiques, privilégient dans leurs catalogues une classification méthodique.

↳ Vitrine 26

Bibliothèque de Genève, Ms. lat. 272
Catalogue, notice n° 59, p. 363

[62 ] Un système de classement inédit

Antoine Josué DIODATI. Systema bibliographicum, vers 1790.

L’un des bibliothécaires de l’académie de Genève, Diodati élabore un système de classification méthodique en latin, comme il se doit pour une bibliothèque savante protestante. Les grandes articulations sont marquées par des lettres de l’alphabet hébreu, et leurs subdivisions par des capitales romaines. Les catégories retenues ne correspondent en rien au cadre de classement, réparti en cinq grandes classes, que l’on trouve en France avec constance. La classification est ascendante: elle part de la bibliothéconomie et culmine dans la théologie. Sans antécédent, cette classification ne semble pas avoir suscité d’émules, sans doute en partie faute d’avoir connu les honneurs de la publication. Elle présida à une redistribution des collections et à la rédaction d’un catalogue topographique dans lequel les livres étaient classés par format au sein de chaque division.


Bibliothèque de Genève, Arch BPU Dk 11

[ 63 ] Une classification systématique appliquée

Catalogus librorum typis-mandatorum qui in Bibliotheca Genevensi asservantur, vers 1790, in-fol.

Catalogue de la bibliothèque de l’académie de Genève dressé par Jean Senebier et Jean Diodati en quelque dix années. Il s’ouvre sur la classification ascendante imaginée par Diodati. En 1792, Senebier ajouta un répertoire alphabétique au catalogue pour faciliter les recherches. Ce n’est qu’en 1807 que fut mis au point un premier système de cotation alphanumérique dont les lettres épousaient la classification systématique.


Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dk 31 et Dk 31 bis

[ 64 ] L’élaboration des catalogues de la bibliothèque de l’académie de Genève (1831-1875) Directives sur la rédaction du catalogue, 1831. 


Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dk 31 et Dk 31 bis



[ 65 ] Tableaux avec système de classification, vers 1875.

En 1831, la Bibliothèque de l’Académie met en chantier la rédaction d’un nouveau catalogue, dont la coordination est confiée à Louis Vaucher, nommé bibliothécaire honoraire à cet effet. Des directives précises prescrivent un format de fiches normalisé et un modèle de description bibliographique. Le catalogage se fait livre en main. Les fiches ne doivent servir que dans la phase d’élaboration du catalogue, qui est destiné à l’impression. D’abord rangées alphabétiquement dans des tiroirs, les différentes lettres de l’alphabet étant séparées par des cavaliers, elles sont ensuite distribuées méthodiquement selon une nouvelle classification.


Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dk 31 et Dk 31 bis

[ 66 ] Instructions sur le classement, vers 1875.


Bibliothèque de Genève, Arch. BPU Dk 31 et Dk 31 bis

[ 67 ] Essai de classification sur des fiches, vers 1875.

Le catalogue paraît en 1834, la table méthodique y occupe 16 pages. C’est le premier catalogue imprimé de la bibliothèque depuis sa fondation au XVIe siècle. Un nouveau catalogue paraît entre 1875 et 1887. Un plan de classement beaucoup plus détaillé est établi à cette occasion.


La naissance du discours bibliothéconomique

↳ Vitrine 28-30


Paris, Bibliothèque Mazarine, 8 83912-2 Rés
Catalogue, notice n° 27, p. 245

[ 68 ] L’Advis de Naudé (1627)

Gabriel NAUDE. Advis pour dresser une bibliothèque. — Paris : François Targa, 1627, in-8°.

L’Advis de Gabriel Naudé ne se limite pas à une approche purement intellectuelle de l’édification d’une bibliothèque, mais fournit des conseils pratiques, depuis les techniques d’acquisition jusqu’à l’ameublement et la reliure. Il conseille notamment de rassembler le plus grand nombre possible de catalogues pour les utiliser comme des bibliographies pouvant servir aux acquisitions. Et il invite à la rédaction de deux catalogues, le premier par matières, le second par ordre alphabétique des auteurs. Mais leur établissement n’est pas la première priorité, et vient après l’expertise du bibliothécaire et l’ordonnancement physique de la collection.


Coll. part.
Catalogue, notice n° 54, p. 344

[ 69 ] La bibliothéconomie et l’ordre des savoirs selon Michael Denis (1777)

Michael DENIS. Einleitung in die Bücherkunde. — Vienne : Johann Thomas von Trattner, 1777-1778, in-4o.

Bibliothécaire du Theresianum (académie militaire impériale fondée en 1752) puis de la Bibliothèque impériale de Vienne, Michael Denis est le plus important théoricien des bibliothèques dans l’Autriche des Lumières, en même temps qu’un bibliographe et un historien du livre reconnu. Le traité de bibliothéconomie qu’il publie en 1778 soutient que le bibliothécaire doit être également un spécialiste des contenus, et que l’expertise bibliographique ne saurait se passer de connaissances approfondies dans les domaines scientifiques, historiques et littéraires. Ses conceptions ont influencé les aristocrates d’Europe centrale qui étudiaient au Theresianum, et qui organisèrent les bibliothèques de l’Empire austro-hongrois.


Paris, Bibliothèque nationale de France, 8-Q-6023 (1)
Catalogue, notice n° 60, p. 365

[ 70 ] Méthode pour une ambition : la bibliographie universelle de la France

Instruction pour procéder à la confection du Catalogue de chacune des bibliothèques sur lesquelles les directoires ont dû ou doivent incessamment apposer les scellés [15 mai 1791]. — Paris : Imprimerie nationale, 1791, in-8°.

Ce petit texte de 15 pages est un manuel de catalogage destiné aux bibliothécaires improvisés des dépôts littéraires, où était rassemblé le patrimoine nationalisé par les confiscations révolutionnaires. Il est l’oeuvre de la «Commission des Quatre-Nations», qui se réunissait dans les locaux de l’actuelle Bibliothèque Mazarine. L’idée était d’aboutir à un catalogue imprimé d’une soixantaine de volumes indiquant sous la notice de chaque ouvrage les villes de France où il était consultable. La méthode divise le travail en plusieurs étapes: insérer pour chaque titre, dans l’ordre des volumes sur les tablettes, un numéro porté sur un fichet découpé dans une carte à jouer; dresser une notice descriptive de chaque numéro, au dos d’une carte à jouer; classer les cartes dans l’ordre alphabétique des auteurs; les percer pour les assembler avec une ficelle, et les adresser au bureau de la bibliographie nationale à Paris. Le projet, qui avançait trop lentement au gré des autorités, fut arrêté le 4 avril 1796.


Paris, Bibliothèque nationale de France, 8-LJ1-135
Catalogue, notice n° 62, p. 370

[ 71 ] Le catalogue méthodique selon La Serna Santander

[Charles-Antoine de LA SERNA SANTANDER]. Extrait de l’instruction sur la manière d’inventorier et de conserver, dans toute l’étendue de la République, tous les objets qui peuvent servir aux arts, aux sciences et à l’enseignement…— Bruxelles : Jean-Jacques Tutot, an III [1794/1795], in-8°.

Bibliophile passionné, Charles-Antoine de La Serna Santander (1752-1813) accepta de devenir bibliothécaire adjoint de l’ancienne Bibliothèque royale de Bruxelles, afin de mettre un terme aux dilapidations occasionnées par les insurrections populaires. Il donna, avec cette plaquette, une version abrégée des instructions pour le catalogage des livres rédigées à Paris en 1791 par la Commission des Quatre-Nations (voir n° 70). Dans sa note additionnelle, La Serna donne des conseils pour la confection d’un catalogue méthodique des fonds de grandes bibliothèques. Ainsi, aux côtés des informations traditionnelles, il invite à subdiviser le sommet des fiches en trois parties pour accueillir le numéro de la fiche, la matière (Théologie, Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres et Histoire — et ses subdivisions), ainsi que l’initiale de l’auteur.


Bibliothèque de Genève, Aa 247
Catalogue, notice n° 67, p. 386

[ 72 ] La préhistoire de l’«Union Catalog»

(1853) Charles Coffin JEWETT. On the Construction of Catalogues of Libraries. — Washington : Smithsonian Institution, 1853, in-8°.

Au milieu du XIXe siècle, devant la croissance de la production éditoriale et le développement des bibliothèques publiques et universitaires, la production de catalogues complets et systématiques pose des problèmes considérables. L’américain Charles Coffin Jewett (1816-1868) proposa un système à la fois collectif, centralisé et, déjà, en partie automatisé: dès qu’une notice serait composée, on la dupliquerait par stéréotypie, ce qui permettrait d’en contrôler la reproduction et de la mettre à disposition d’un vaste réseau de bibliothèques dont le Smithsonian Institute serait le centre. Les matrices de tous les clichés y devaient être systématiquement conservées: en cas de besoin, elles seraient sélectionnées et agencées pour préparer l’impression de catalogues nouveaux et à jour. Ce plan visionnaire n’a jamais été mis en oeuvre, mais l’idée d’un catalogue général à vocation collective a conduit à la création du célèbre NUC, le «National Union Catalogue» à la Bibliothèque du Congrès dans les années 1950.


Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, AL 51/10
Catalogue, notice n° 70, p. 397

[ 73 ] Catalogue et reconstruction : la bibliothèque de Strasbourg après 1871

Regeln für die Verzeichnung der Bücher. A. Zettel-Katalog. — Strasbourg: J. H. E. Heitz, 1874, in-4°.

Le bombardement de Strasbourg par les Allemands en août 1870 détruisit entièrement les bibliothèques de la ville. Très vite, après la reddition de la ville, on s’inquiète d’en reconstituer les collections. La nouvelle Bibliothèque impériale de l’Université et de la Région (Kaiserliche Universitäts- und Landesbibliothek), inaugurée enaoût 1871, profite de dons importants en provenance d’Allemagne. Elle adopte les pratiques en usage dans les grandes bibliothèques de recherche germaniques: notamment, chaque section thématique est confiée, pour la gestion, les acquisitions et le catalogage, à un bibliothécaire responsable. Les fichiers correspondants restent à sa disposition dans son bureau et ne sont donc pas directement accessibles aux lecteurs. Les règles catalographiques publiées en 1874 normalisent cette réorganisation, et constituent un manuel pour la description bibliographique et l’établissement des fichiers. Plusieurs modèles sont proposés en fonction de la complexité de la notice.


Annexe


Le cloud

Le cloud


De l’argile au nuage


Exposition
du 18 septembre
au 21 novembre 2015


Vernissage
Jeudi 17 septembre


Horaires

Lundi–samedi, 12h–18h
Dimanche fermé
Entrée libre

Promenade des Bastions

Espace Ami-Lullin

1211 Genève 4
Tél. +41 22 418 28 00
info.bge@ville-ge.ch
www.bge-geneve.ch

Accès

Entrée principale depuis
le parc des Bastions.
Bus et trams, Place de Neuve.

Visites guidées

Jeudi 24 septembre, 12h
Samedi 10 octobre, 12h
Jeudi 15 octobre, 12h
Samedi 31 octobre, 12h
Jeudi 5 novembre, 12h

Séminaire

Cataloguer, hier

et aujourd’hui

Samedi 26 septembre,
9h–17h
Séminaire sur le thème de
l’histoire des catalogues
ainsi que sur la relation entre
bibliographie et catalogue

Big data et les bibliothèques

de demain

Jeudi 12 novembre, 18h–21h
À propos du volet parisien
qui s’est tenu du 13 mars
au 13 mai 2015 :
www.vimeo.com/bge/argile

Direction

Alexandre Vanautgaerden

Coordination du projet

Jorge Perez

Commissaires de l’exposition

Frédéric Barbier,
Directeur d’études à l’Ecole
pratique des hautes études, Paris

Thierry Dubois,
Conservateur des
imprimés anciens de
la Bibliothèque de Genève

Yann Sordet,
Directeur de
la Bibliothèque Mazarine, Paris

Scénographie

Sibylle Stoeckli

Design graphique

Alexandra Ruiz

Installation multimédia

Dimitri Delcourt
David Hodgetts

Conservation et
régie des oeuvres

Nelly Cauliez

Communication

Coranda Pierrehumbert

Administration des prêts

Catherine Blandenier-Chemin

Installation et montage

Florane Gindroz-Iseli
Isabelle Haldemann
Cassandre Meyfarth
Thierry Pellissier
Viorel Stanciu
Edith Veyrunes-Chacornac


Une exposition co-organisée
par la Bibliothèque de Genève
et la Bibliothèque Mazarine
de Paris (avec le soutien
du Labex Transfers)


 

DE L’ARGILE AU NUAGE
ESPACE AMI-LULLIN / PLAN D’EXPOSITION

01-30 : numération des vitrines
01-73 : numération des objets