Découvrez les bibliothèques de la Ville de Genève
Toute l'offre culturelle


  • La Bibliothèque de Genève déploie sur 4 sites un patrimoine écrit, imprimé, musical et iconographique unique qu’elle sélectionne, protège, valorise et transmet au grand public comme au public scientifique.
  • Site internet de la Bibliothèque de Genève


  • Les Bibliothèques municipales sont des lieux de rencontre, de découverte et de partage qui vous proposent de nombreux documents à emprunter ainsi que des activités gratuites pour petit-e-s et grand-e-s.
  • Site Internet des Bibliothèques municipales


  • Les musées d’art et d’histoire, le Musée d’ethnographie et le Museum d’histoire naturelle, les Conservatoires et Jardin botaniques et le Fond municipal d’art contemporain proposent un accès à leur bibliothèque scientifique .
  • Site internet


  • Vous avez une question et vous souhaitez une réponse personnalisée? Le réseau des bibliothèques genevoises vous offre, en moins de trois jours, un résultat fiable et des sources identifiées.
  • Service Interroge

Archives Interroge - Question / réponse

Retrouvez nos réponses archivées. Leur contenu pouvant devenir obsolète, nous vous rendons attentifs à la date de publication.

D’où vient la pratique pour les femmes de porter des boucles d’oreilles ? Depuis quand les européennes en portent-elles et depuis quand de manière quotidienne ?

Date de la réponse: 03.06.2015


Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

En se penchant sur l’histoire du port des boucles d’oreilles, on s’aperçoit qu’elle est marquée par des grandes différences de pratiques, de symboles et valeurs qui varient énormément selon les périodes, les régions du monde et les milieux sociaux.

Pour répondre à votre question, il nous faut donc remonter aux origines du piercing car le port des boucles d’oreilles y est étroitement lié. L'article "Piercing" http://www.universalis.fr/encyclopedie/piercing  de Dominique Paquet publié dans l'"Encyclopédie Universalis" en ligne revient sur l'origine de cette pratique et ses évolutions :

« Traditionnellement, le percement du corps intervient dans un ensemble d'actes ritualisés porteurs de sens symboliques. L'introduction de labrets dans les lèvres, de pastilles de bois dans le nez ou de pendants d'oreilles témoigne à la fois d'une recherche esthétique et d'obligations rituelles. Comme toute marque corporelle, l'objet inclus dans la peau se trouve placé au carrefour du symbolique et de l'esthétique. »

Depuis quand est-ce que l’on se perce les oreilles ?

« Dans l'Ancien Testament, on trouve plusieurs mentions d'anneaux d'or, associés à l'idée de soumission ou d'idolâtrie : anneau fixé au nez de Rébecca lorsqu'elle est choisie pour épouser Isaac (Genèse, XXIV, 22) ; anneaux d'oreilles jetés avec les dieux étrangers lors de la fondation de l'autel de Béthel par Jacob (Genèse, XXXV, 4) ; ou offerts par les fils et filles d'Israël pour la confection du veau d'or (Exode, XXII, 1). »

Puis on suit le cours de l’histoire et des différents contextes religieux et culturels :

« celui [le percement] des oreilles est courant en Mésopotamie, en Grèce, à Byzance, en Inde (le Bouddha a porté des anneaux quand il était prince, les lobes distendus de ses oreilles en témoignent), ainsi que chez les peuples germains et plus tard chez les Francs. Cependant le christianisme reprend les interdits judaïques et prohibe toute marque corporelle qui mutile le corps de l'homme fait à l'image de Dieu. Aussi la pratique disparaît en Occident avec la christianisation de la population, vers le IXe siècle, tandis qu'elle persiste en Orient et dans les pays en contact avec les Maures, comme en témoignent les récits de voyageurs. »

Au Moyen Age, l’auteur de l’article nous explique que la pratique des boucles d’oreilles « devient une marque d’infamie ». Pour illustrer ses propos, il fait référence à certaines images où des boucles d’oreilles apparaissent :

« Dans les tableaux de Jérôme Bosch (1450-1516), les païens portent des anneaux de nez, d'oreilles, parfois liés entre eux ou rivés à des chaînettes attachées à leur coiffe. À la même époque, les prostituées affichent avec leurs pendants d'oreilles leur coquetterie et leur luxure ; dans "Les Très Riches Heures du duc de Berry", les Maures, infidèles, ont également les oreilles percées. Le percement du nez ou des oreilles chez ces personnages correspond bien à des parures exotiques attestées en Afrique ou en Orient, que l'Occident a perdues en se christianisant, mais il voue aussi leurs porteurs au regard désapprobateur, marque leur différence, voire leur ignominie. »

Comme c’est souvent le cas au cours de l’histoire, les codes et les valeurs varient selon les époques et la mode :

« Sous l'influence de l'Espagne et de l'Italie, la Renaissance remet à l'honneur les pendants d'oreilles, comme en témoignent les tableaux de l'école de Fontainebleau, où la boucle à l'oreille droite de Gabrielle d'Estrées (1594) signifie que la dame a un amant de sang royal, ou dans les portraits de Henri III, aux oreilles ornées de deux à trois pendentifs. Ces bijoux, accentuant le caractère efféminé des hommes, vont disparaître au cours du XVIIe siècle. »

« Le sens symbolique de ces marques va donc de nouveau s'inverser et reprendre une valeur négative dans un contexte de pruderie et de dévotion. Le marin, le pirate, le gitan en contact avec des populations barbares éloignées ou exerçant une activité répréhensible arborent un anneau d'oreille, signe de leur marginalité et de leur proximité avec l'Orient. Cette marque identitaire et sociale prend une dimension exotique et pittoresque dans le théâtre des XVIIIe et XIXe siècles, ou dans les soirées masquées, mais demeure une marque discriminatoire.»

Mais nous avançons dans l’histoire et les choses se précisent par rapport aux femmes et le port des boucles d’oreilles :

« Le percement des oreilles se poursuit tout au long du XIXe siècle. Pratiqué sur les petites filles très jeunes, il leur permet de porter des dormeuses, l'anneau simple étant toujours réservé aux marginaux ou aux populations exotiques, comme la créole, ce grand anneau d'oreille qui exerce une grande séduction dans un siècle qui aime les brunes andalouses ou orientales. Les bourgeoises portent des dormeuses, des pendants d'or et de pierres précieuses assortis à des colliers et des bracelets, indices de la puissance financière de leur mari.

[...] Il faut attendre les années 1950-1960 pour que le percement des oreilles des petites filles tombe en désuétude, en raison du changement de statut de la femme. L'oreille percée dénote désormais la femme objet, décorative, soumise à la puissance financière du mari, ou bien encore la vulgarité des classes populaires. Dans le même temps, elle est réhabilitée aux États-Unis par des groupes marginaux, les motards conducteurs de Harley-Davidson, et les adeptes de pratiques sadomasochistes notamment. »

Dans son livre "Bijoux à secrets" http://data.rero.ch/01-R003248716 , Patrizia Ciambelli, écrit en ce qui concerne l’Europe :

« La coutume de se faire percer les oreilles a connu une longue éclipse, car elle était considérée comme une marque sociale négative, "une chose vulgaire" que faisaient les pauvres gens, les ignorants et les paysans. Après un saut d’une ou deux générations, les femmes qui ont actuellement (2002) entre quarante et cinquante ans ont donc recommencé à se faire percer les oreilles. En même temps, les boucles d’oreilles de grands-mères, "avec le trou", et plus généralement les bijoux anciens, sont revenus à la mode, notamment dans les années 1970, et ont réapparu dans les vitrines des bijoutiers ; parfois des vrais, bien plus souvent des copies qui ont aussi envahi la production des bijoux de fantaisie et bon marché. »

Vous pourrez accéder à l'article complet de Dominique Paquet en vous rendant dans l'une des bibliothèques du Réseau des bibliothèques genevoises (RBG) http://www.biblio-geneve.ch/repertoire/liste_rbg.php .

Pour approfondir vos recherches, vous trouverez d’avantage d’informations dans les ouvrages suivants :

"Earrings : from Antiquity to the present" http://data.rero.ch/01-1407273  de Daniela Mascetti

"Boucles d'oreilles : d'Afrique, d'Asie et d'Amérique de la collection Ghysels" http://data.rero.ch/01-R003136696  de Anne van Cutsem

"Piercing : rites ethniques, pratique moderne" http://data.rero.ch/01-R229219560  de Véronique Zbinden

"Signes d'identité : tatouages, piercings et autres marques corporelles" http://data.rero.ch/01-R003180753 de David Le Breton

"Piercing, sur les traces d'une infamie médiévale" http://data.rero.ch/01-R003108517 de Denis Bruna

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève http://www.ville-ge.ch/meg/bibliotheque.php

pour Interroge http://www.interroge.ch