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Archives Interroge - Question / réponse

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La partie francophone de la Suisse est appelée Suisse "romande". D'où vient ce terme ?

Date de la réponse: 24.05.2019


Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Le "Dictionnaire historique de la langue française" https://bit.ly/1PSSSB3 d’Alain Rey précise à l'entrée « Romand, ande » ceci : « attesté au 16ème siècle (1556 écrit "romandt") est une graphie en "–and" de "roman, ane", où le "d" est analogique de celui de l’adjectif "allemand". »

Pour compléter ce qui précède, à l'entrée « allemand, ande » du même dictionnaire, nous lisons :

« d'abord "aleman" (1080) puis "alemant" (XIIe s.), [...].
Le mot s'est écrit "allemant", [...] puis "-and" par substitution de suffixe. [...] »

Encore dans ce même dictionnaire, vous trouverez un encadré important au sujet des langues romanes dans lequel le lien avec la langue française vous paraîtra évident :

« On appelle langues romanes les langues qui continuent directement et d'une manière ininterrompue le latin parlé (ou latin populaire, latin vulgaire). On distingue en général onze groupes dans cette famille de langue se rattachant, par le latin, à la branche italique : le français, l'italien, l'espagnol, le portugais, le catalan, l'occitan, le franco-provençal, le rhétoroman, le roumain, le sarde et une langue aujourd'hui disparue, le dalmate. Cet ensemble linguistique porte le nom de "Romania". »

A ce sujet encore, le "Dictionnaire Suisse romand" https://bit.ly/2M7ZpO5 conçu et rédigé par André Thibault indique dans sa préface :

« [...] en Suisse romande on parle et on écrit le français. Une variété issue du domaine d'oïl qui s'est implantée chez nous plus tôt que dans le Midi de la France : dès le XIIIe siècle elle s'est substituée progressivement au latin comme langue écrite, et à partir du XVIIe siècle au plus tard, aux dialectes parlés, francoprovençaux pour la plupart. [...] »

Pour un éclaircissement historique et indispensable sur ce sujet, nous vous conseillons la lecture de l'ouvrage de Georges Andrey "La Suisse romande: quatre regards" https://bit.ly/2EuLyex dont voici quelques extraits parlants :

« Qu'en est-il de la "Suisse romande" ? Ce toponyme, ne désignant pas un Etat mais une partie seulement d'un Etat, ne jouit d'aucune protection officielle, que ce soit sur le plan international que national. Cela est vrai aussi des nombreux autres toponymes qu'elle a portés dans l'histoire ou que les érudits lui ont données et dont voici une liste non exhaustive parmi les plus rares : Suisse romane, Helvétie romane, Suisse burgonde, Suisse burgondo-médiane, Suisse lotharingienne, Romanie, Burgondie. [...] »

L'auteur passe ensuite en revue plusieurs toponymes en usage dès le Moyen-Âge dont nous vous transmettons ci-dessous un autre extrait qui confirme les définitions fournies plus haut :

« Apparaît d'abord l'expression géographique "Pays romands", au pluriel. Elle désigne un ensemble territorial d'un seul tenant - pas d'enclaves germanophones - dont les populations ont en commun des parlers "romands", vocable en rapport avec l'antique civilisation gallo-romaine établie sur le Plateau suisse d'aujourd'hui et qui a permis aux historiens de parler d"Helvétie romaine", avec l'importante cité d'Avenches (Aventicum) comme capitale ; cela non sans raison puisque César, dans sa fameuse "Guerre des Gaules", parle des "Helvètes", valeureuse tribu celte romanisée. Mais l'effondrement de l'Empire romain fait place à la civilisation burgonde, d'où l'expression de "royaume de Burgondie" qu'on trouve, parfois, sous la plume des médiévistes du XIXe siècle. Aussi les habitants des "Pays romands" seraient-ils des héritiers des Gallo-Romains et des Burgondes, importante tribu germanique venue d'outre-Rhin et elle-même repoussée vers l'ouest par celle des Alamans, dont les descendants sont nos actuels confédérés alémaniques aux parlers caractéristiques. [...]
Au début du XVIIIe siècle déjà, donc beaucoup plus tôt que ne le veut la tradition, apparaît la "Suisse romande". Elle naît sous la plume d'un Vaudois, l'historien et théologien Abraham Ruchat (1678-1750). [...]
Qu'entend Ruchat par "Suisse romande" ? A lire sa correspondance, il s'agit du Pays de Vaud certes, mais aussi de l'Etat de Neuchâtel ainsi que des Evêchés de Bâle (Jura), Genève et Sion. "Ces divers Etats, écrit-il, font partie de la Suisse romande." On aura remarqué l'absence de Fribourg, canton suisse depuis 1481 et dont la "langue de chancellerie" est l'allemand ! Mais, par "Pays de Vaud", le "Romand" Ruchat entend sans doute le grand territoire qui, au Moyen Age, englobait les parties franco-provençales du canton de Fribourg. [...]
A partir de la Révolution française, deux appellations s'imposent et se concurrencent : "Suisse française" et "Suisse romande". La première est de loin la plus courante dans l'Hexagone, [...]. »

Et nous conclurons par ce dernier extrait situé chronologiquement à peu près à la fin à la Première Guerre mondiale et fait suite à des tensions notamment linguistiques :

« [...] la presse romande renonce au toponyme "Suisse française" au profit de celui de "Suisse romande" : il convient de ne pas donner aux inconditionnels germanophiles de Suisse alémanique l''impression que la Suisse francophone est une province française. Dans le même temps, la presse romande évite désormais l'expression "Suisse allemande" pour lui préférer celle de "Suisse alémanique". Les Romands ne sont pas des Français, les Alémaniques ne sont pas des Allemands, mais Romands et Alémaniques sont tous Suisses ! »

Enfin, si le sujet vous intéresse, vous pouvez visionnez l'émission "Géopolitis" diffusée le 8 décembre 2013 et ayant pour titre " https://bit.ly/2MgTJRM Suisse française, Suisse romande : le virage de 14-18 ?" https://bit.ly/2MgTJRM . Vous pourrez écouter l'historien Georges Andrey que nous citons plus haut revenir sur le contexte de la Première Guerre mondiale et l'utilisation du toponyme Suisse romande.

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

http://www.interroge.ch

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