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Est-ce que le coréen parlé dans les deux Corées est identique ? Et qu'en est-il des traditions culturelles ?

Date de la réponse: 24.10.2022

Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Pour replacer le contexte, voici d’abord un très bref historique de cette péninsule asiatique.

La revue National Geographic, dans son article Les deux Corée, si différentes et si semblables à la fois, résument les choses ainsi :

« Pris en sandwich entre la Chine et le Japon, les Nord et Sud-Coréens endurent un conflit qui dure depuis plusieurs décennies entre les deux pays, nourri par des gouvernements qui peinent à trouver un terrain d'entente.
Cela n'a pourtant pas toujours été le cas. Avant que le Japon ne s'empare de la péninsule au début du 20e siècle et ne la perde au terme de la Seconde Guerre mondiale, la région était gouvernée par la dynastie séculaire Joseon, façonnant ainsi une culture commune sous un gouvernement unifié. Cette dynastie a laissé une empreinte tenace sur les deux pays. Malgré des différences politiques et sociétales indéniables — l'un est une dictature, l'autre une république démocratique —, les aléas du quotidien des habitants de Corée du Nord et de Corée du Sud se ressemblent parfois. »

L’Encyclopædia Universalis, dans son article « Corée : géographie », écrit par Valérie Gelézeau et Jacques Pezeu-Massabuau, nous apprend à propos de la langue coréenne :

« La langue, appartenant au groupe ouralo-altaïque comme le turc, le finnois ou le hongrois, témoigne de l'origine sibérienne des Coréens, dont "l'unicité ethnique" a été, en Corée du Nord comme en Corée du Sud, le support des discours nationalistes contemporains. […] Sur le plan linguistique, les différences dialectales régionales concurrencent les différences lexicales et stylistiques des deux formes contemporaines de coréen (au nord et au sud). La langue coréenne connaît d’ailleurs actuellement différentes règles de romanisation. Le système McCune-Reischauer, suivi depuis sa création (1937) par la grande majorité de la communauté scientifique internationale, est utilisé par l’Encyclopædia Universalis. Ce système fut adopté par la Corée du Sud en 1984, mais n'est plus en vigueur dans ce pays depuis 2000. La Corée du Nord suit un troisième système. Certains noms géographiques qui figurent entre parenthèses dans les textes de l’Encyclopædia Universalis donnent l’actuelle transcription nationale du pays concerné. » Vous pouvez consulter cet article en entier dans les bibliothèques de la Ville de Genève.

L'article Les deux Corée, prêtes à parler « vraiment » la même langue, paru le 13 octobre 2018 dans le journal Les Echos, nuance la ressemblance du coréen entre le Nord et le Sud :

« Officiellement, dans la péninsule coréenne, la langue est la même de part et d'autre de la frontière. Mais des disparités de vocabulaire peuvent rapidement rendre incompréhensible un échange entre un Nord-Coréen et un Sud-Coréen. »

L’article explique les raisons de ces différences : « "Notre peuple était uni quand le roi Sejong a inventé le hangeul [nom donné à la langue, ndlr]. Mais la Guerre froide a divisé la tribu coréenne et son territoire en deux", a regretté le Premier ministre sud-coréen Lee Nak-yon. "La division a changé la signification et l'utilisation des mots coréens au Sud et au Nord" […]. L'hétérogénéité lexicale se repère rien qu'au nom donné à la langue elle-même, adoptée au XVe siècle. Baptisée hangeul au Sud, elle est nommée chosongul au Nord. Et en soixante-dix ans de stricte sécession, les nuances se sont démultipliées. Selon le comité chargé de piloter le projet du dictionnaire, à la fin 2016, 40 % du lexique sud-coréen de la vie de tous les jours se distinguait de celui du Nord. Et pour les termes spécialisés, le taux atteignait 66 %. Source principale des divergences : les anglicismes et mots d'emprunt qui ont largement imbibé la langue en Corée du Sud contrairement au Nord, hermétique et isolé de la communauté internationale. Par exemple, pour commander un jus de fruit, un Sud-Coréen demandera un juice tandis qu'un Nord-Coréen un danmul, soit "eau sucrée". […] Mais les obstacles linguistiques ne s'arrêtent pas aux anglicismes. Des mots ont aussi un sens différent suivant de quel côté de la frontière on se trouve. Au Nord, dongmu veut dire "camarade" au sens communiste du terme, tandis qu'au Sud, on l'utilisera pour désigner "un ami". »

Très précisément et à l’aide du site Ethnologue languages of the world on trouve les langues pratiquées en Corée du Sud et celles de la Corée du Nord.

Quant aux traditions, comme pour la langue, il est difficile de donner une réponse tranchée. En effet, comme nous le rappelle le magazine en ligne Slate dans son article La longue longue histoire des deux Corées, paru le 7 mai 2013 :

« Cet antagonisme entre la Corée du Nord et la Corée du Sud paraît de prime abord étrange –la culture coréenne est remarquablement homogène. Mais l’histoire a montré –comme lors de la guerre qui vit l’éclatement de l’ex-Yougoslavie– qu’une culture ou une langue communes peuvent parfois être à la source de ce que Freud appelait "le narcissisme de la petite différence" divisant des populations qui, très proches l’une de l’autre, éprouvent le besoin de se différencier à toute force. »

L'ouvrage Invented traditions in North and South Korea édité par Andrew David Jackson est entièrement consacrés aux traditions dans les différentes Corées. La présentation de cette étude nous dit :

« Invented traditions in North and South Korea examines the ways in which compressed modernity, Cold War conflict, and ideological opposition has impacted the revival of traditional forms in both Koreas.[…] the book takes the reader on a journey through Korea’s epic twentieth century, examining the revival of culture in the context of colonialism, decolonization, national division, dictatorship, and modernization. The book investigates what it describes as “monumental” invented traditions formulated to maintain order, loyalty, and national identity during periods of political upheaval as well as cultural revivals less explicitly connected to political power. Invented Traditions in North and South Korea demonstrates that invented traditions can teach us a great deal about the twentieth-century political and cultural trajectories of the two Koreas. »

Ce qui peut se traduire en français par : Invented traditions in North and South Korea examine les façons dont la modernité comprimée, le conflit de la guerre froide et l'opposition idéologique ont eu un impact sur le renouveau des formes traditionnelles dans les deux Corées. […] l'ouvrage emmène le lecteur dans un voyage à travers l'épopée du XXe siècle coréen, examinant le renouveau de la culture dans le contexte du colonialisme, de la décolonisation, de la division nationale, de la dictature et de la modernisation. L'ouvrage étudie ce qu'il décrit comme des traditions inventées "monumentales", destinées à maintenir l'ordre, la loyauté et l'identité nationale pendant les périodes de bouleversements politiques, ainsi que les renaissances culturelles moins explicitement liées au pouvoir politique. Cet ouvrage démontre que les traditions inventées peuvent nous en apprendre beaucoup sur les trajectoires politiques et culturelles des deux Corées au XXe siècle.

Lors de nos recherches, il est ressorti que les informations sur les traditions en Corée du Nord restent très opaques. En effet, bon nombre de traditions sont liées aux croyances ou à certaines minorités. Le World directory of minorities and indigenous peoples nous dit à ce sujet :  

« Exact numbers for religious minorities are extremely difficult to obtain and verify given the nature of the state’s secretive, authoritarian governance. There is no majority religion in the country since the total of all religious practitioners is apparently far less than 50 percent, with even traditional religions such as Buddhism now thought to have relatively few active adherents. »

Soit en français : Les chiffres exacts concernant les minorités religieuses sont extrêmement difficiles à obtenir et à vérifier étant donné la nature de la gouvernance secrète et autoritaire de l'État. Il n'y a pas de religion majoritaire dans le pays puisque le total de tous les pratiquants est apparemment bien inférieur à 50 %, même les religions traditionnelles comme le bouddhisme étant considérées comme ayant relativement peu d'adeptes actifs.

Sur le site de l'UNESCO vous trouverez la liste des objets faisant parties du patrimoine immatériel attribuée à la Corée du Nord et du Sud. On constate, par exemple, que la lutte coréenne traditionnelle "Ssirum/Ssireum" est présente dans les deux pays.

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, vous trouverez ici différents documents :

Aux Bibliothèques municipales de la Ville de Genève :  

De Séoul à Pyongyang : idées reçues sur les deux Corées de Joo-No Kim

Comprendre les Coréens : guide de voyage interculturel de Jean-Yves Ruaux

Dans les bibliothèques scientifiques genevoises :

La Corée du Nord, cette inconnue : un essai de décryptage de la République populaire démocratique de Corée de Benoît Quennedey

Corée du Nord, Corée du Sud : la guerre sans la guerre

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève

Pour www.interroge.ch