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Y a-t-il une réponse anthropologique au fait que les gens aiment tant le reggaeton ?

Date de la réponse: 10.02.2021

Bonjour,

Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :

Pour commencer, voici un résumé des origines géographiques de cette musique. Ce sont les explications d’un reportage radiophonique de l'émission Point de fuite de la Radio télévision suisse (RTS) datant de juin 2019 : Le Panama, berceau du Reggaeton. L’émission présente l’avantage de décrire les caractéristiques de ce genre musical :

« Pour construire son canal, le Panama a accueilli de nombreux travailleurs venus de la Jamaïque, de Trinidad ou de la Barbade. Ces ouvriers se sont installés en nombre sur l’île de Bastimentos qui aujourd’hui encore résonne au son du Calypso, genre musical qu’ils ont emporté dans leurs bagages.
Grâce à cette migration, le Panama a développé une riche culture musicale caribéenne et bilingue. C’est dʹailleurs dans le quartier afro-antillais de Panama City qu’est né le Reggaeton, un mélange de Reggae chanté en espagnol, mâtiné de rythmes Calypso, de Hip Hop et de Dansehall. »

Un article de la Tribune de Genève - Le Reggaeton adulé par le public mais boudé des scènes - paru le 18 janvier 2020 et écrit par Alexandre Caporal confirme le succès du Reggaeton et cela, même dans notre région :

« Selon notre récente enquête sur les tendances musicales sur YouTube dans notre région, six des vingt artistes qui ont rassemblé le plus de vues en 2019 sont des stars du reggaeton. »

Un article provenant du même journal et paru le 14 avril 2019 - Coachella ouvre la porte à la diversité - décrit ce genre musical ainsi :

« Né au début des années 90 à Porto Rico, ce style musical avec sa rythmique lancinante est devenu un succès mondial et a beaucoup fait pour populariser des artistes de langue espagnole hors du monde hispanique. »

Mais voici le regard scientifique de Regis Maulois, auteur d’une thèse de doctorat soutenue en avril 2015 en Etudes ibériques et latino-américaines intitulée Atlantique noir et productions musicales : le reggaeton comme marque/trace de l'archipel caribéen, qui explique dans le résumé de son travail les motifs sociaux-politiques de l’impact du Reggaeton :

« Dans les Amériques, les années 1960 furent marquées par d’importantes luttes pour la conquête de l’égalité, la reconnaissance des cultures jusque-là considérées comme mineures, et par d’importantes migrations transrégionales et transcontinentales. Parmi ces luttes, celles des Noir-e-s ont retenu particulièrement mon attention, notamment les figures emblématiques comme Martin Luther King, Malcom X […]. Cependant dans la Caraïbe, ces luttes étaient déjà bien présentes, dans les années 1930, avec Marcus Garvey et son mouvement (UNIA). D’une manière générale, il a permis de mettre l’accent sur la disqualification sociale des Noir-e-s, des cultures dont elles/ils sont porteurs, leur "citoyenneté différée" (V. Lavou). Dans les sociétés caribéennes, hybrides par excellence, d’après les chercheur-e-s reconnu-e-s, le mouvement noir a, sans conteste, eu de fortes répercussions, déterminant par là même toutes les expressions folkloriques puis culturelles. Il en est de même du Reggaeton. […] on remarquera néanmoins, l’adhésion collective à cette musique de la part de nombreux "latinos", tout comme les effets d’identification qu’elle suscite. Cette musique, c’est l’une des hypothèses que je partage, "reflète" les révoltes contre les injustices, la domination sociale, raciale, la pauvreté. En ce sens, le Reggaeton concentre toutes les caractéristiques de la musique populaire urbaine afro-latino-américaine, à l’instar des musiques populaires urbaines afro-américaines (USA). De ce point de vue, le "Reggaeton" constitue tout à la fois un "exutoire", un espace de "négociations identitaires" contradictoires (sexisme, machisme, homophobie, culte de la réussite individuelle, de la violence, etc.), un moyen permettant d’exister socialement à travers des codes spécifiques. »

Petra R. Rivera-Rideau, professeur assistante aux « American Studies » du Wellesley College donne elle aussi des explications corroborant les précédentes, dans son article intitulé Reggaeton paru le 26 juillet 2017. Elle souligne les origines diverses de cette musique :

« These transnational movements not only exposed people to different musical genres, but also offered possibilities for cultural exchange that impacted local ideas about race, diaspora, and nation. »

Soit en français [traduit avec DeepL] : « Ces mouvements transnationaux ont non seulement exposé les gens à différents genres musicaux, mais ont également offert des possibilités d'échanges culturels qui ont eu un impact sur les idées locales concernant la race, la diaspora et la nation. »

Enfin, concernant la question complexe des goûts musicaux, la réponse apportée par Interroge en avril 2020 à la question « Pourquoi aime-t-on certains types de musique et pas d'autres ? (Question d'un enfant de 11 ans) » pourra vous être utile.

Nous compléterons cette réponse avec deux ouvrages se penchant, pour le premier sur les aspects anthropologiques et pour le second sur le cerveau et la musique :

- Le singe musicien : essais de sémiologie et anthropologie de la musique de Jean Molin

- Musicophilia : la musique, le cerveau et nous d'Oliver Sacks

La réponse à la question de l’esthétique musicale n’est pas uniforme, mais comme le dit une phrase extraite du livre de Jean Moulin :

« Comme l’expérience et le jugement esthétiques, nos goûts ne sont pas purs, ce sont des mixtes. Mais ce mixte n’est pas le mélange de n’importe quoi : chacun en suivant un itinéraire musical singulier, construit une "personnalité musicale" à la fois cohérente et complexe. »

Si vous souhaitez approfondir ce sujet, vous trouverez différents documents, entre autres, dans le catalogue Swisscovery. Voici une sélection de documents :

- Ni noires ni blanches : histoire des musiques créoles de Bertrand Dicale
- Musiques noires : l'histoire d'une résistance sonore de Jérémie Kroubo Dagnini

Si vous lisez l’anglais :

- Negro soy yo : hip hop and raced citizenship in neoliberal Cuba de Marc D. Perry
- More than just a beat: the phenomenon of Reggaetón de Dorsía Smith Silva
- Reggaeton de Raquel Z. Rivera

Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.

Cordialement,

La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève

Pour www.interroge.ch